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Rencontre, 2022 Année William Wyler

De William Wyler avec Audrey Hepburn, Shirley MacLaine, James Garner, Miriam Hopkins, Fay Bainter
Drame - Etats-Unis - 1961 - VOST - 1h43

La Rumeur

Dans une région huppée des États-Unis, Karen et Martha, deux amies de longue date (elles se sont connues lors de leurs études), réussissent, après des débuts difficiles, à rentabiliser leur pensionnat privé pour filles. Karen est fiancée au docteur Joe Cardin dont Martha est un peu jalouse. Les deux directrices surprennent fréquemment une de leurs petites pensionnaires, Mary Tilford, en train de mentir effrontément. Punie, et irritée contre ses professeurs, la fillette, soutenue par l’une de ses compagnes de chambrée, Rosalie, sur laquelle elle exerce un chantage après avoir découvert la kleptomanie de celle-ci, raconte à sa richissime grand-mère Amelia Tilford qu’elle a vu les deux directrices avoir des rapports inavouables. Comme une traînée de poudre, tous les parents retirent leurs enfants du pensionnat aussitôt déserté. Après un procès perdu, les deux jeunes femmes, dont la réputation est désormais détruite, sont encore confrontées à d’autres épreuves...

Rencontre avec le réalisateur Mulhousien, Olivier Arnold.

LE BRUIT ET LA FUREUR Blacklistée de la fin des années 40 au début des années 60, la dramaturge américaine Lillian Hellman compte, parmi ses pièces les plus célèbres, Les Innocentes, The Children's Hour en version originale, relatant l'histoire de deux institutrices à qui l'on prête une relation "contre-nature". Ecrite dans les années 30, la pièce ne tarde pas à être adaptée pour le grand écran. William Wyler est à la barre. Mais le code Hays ne permet pas, alors, d'aborder frontalement un thème aussi épineux que l'homosexualité, et Ils étaient trois (le titre de cette adaptation) déplace le problème: la rumeur porte sur une liaison que l'une des institutrices aurait eu avec le compagnon de sa collègue et amie. Plus commode. Une vingtaine d'années plus tard, un remake est en projet. Wyler se charge de cette nouvelle version et deux stars sont embauchées: Audrey Hepburn, que Wyler a révélée quelques années plus tôt avec Vacances romaines, et Shirley McLaine, qui vient de triompher chez Billy Wilder avec La Garçonnière. Ainsi débute le détournement - derrière ses apparences de mélo à stars, La Rumeur fera, cette fois, moins de courbettes et d'entrechats pour éviter de parler des choses qui fâchent. Pourtant, tout ou presque tient encore du non-dit, du sous-entendu, à l'image de ce qui se passe sur le plateau. Dans le documentaire The Celluloid Closet, consacré à la représentation de l'homosexualité dans le cinéma hollywoodien, Shirley McLaine indique que le sujet n'était jamais réellement abordé avec l'équipe, qu'aussi étrange que cela puisse paraître des années plus tard, on ne parlait pas d'homosexualité lors du tournage. Comme si les secrets et chuchotements du film étaient également ceux du plateau. La rumeur, elle, ne fait qu'enfler. Elle se sent et se voit partout à l'écran. C'est sur cette tension dramatique, au crescendo étouffant, que William Wyler base son film, tension qui tient d'ailleurs plus du thriller que du mélodrame, ombres inquiétantes et voisins venus épier les ogresses. Les racines théâtrales sont là mais Wyler sait en jouer, joue avec son décor oppressant dont on ne sort qu'occasionnellement, joue avec ses comédiens en paratonnerres de luxe. D'Audrey Hepburn, on a souvent une image plus lisse, plus limitée aussi, mais, de La Rumeur à Seule dans la nuit, il y a une autre comédienne, aux choix qui ne s'arrêtent pas aux couronnes de poupées. Face au feu de Shirley McLaine, Hepburn impose une urgence intériorisée, qui craquelle peu à peu, comme ce montage saccadé lorsque Karen se précipite vers le pensionnat, habitée par une inquiétude qui plane sans cesse sur le film. Wyler confronte ses comédiens dans ses plans de cocotte minute, exploitant la profondeur de champ où l'on passe son temps à se tourner le dos ou se parler de biais comme aux plus grandes heures des clips d'ABBA. La rumeur se souffle à l'oreille, s'avoue le regard ailleurs, mais on aura bien du mal à contempler son reflet, droit dans les yeux. Le désir, sali par la médisance et le tapage, est d'autant plus incommunicable. Une vilaine rumeur peut-elle détruire ce qui est beau ?, demande alors la bande annonce. La destruction est pourtant déjà là, avec cette histoire d'amour tue et enfermée dans son placard, étouffée par les bonnes moeurs. L'issue ici, vu le thème et l'époque, paraît alors presque téléphonée, silence enfin fait après le bruissement incessant, colporté par une gamine jouant comme une possédée et apportant au film, aussi poignant qu'angoissant, une lumière quasi-gothique. Film de Culte

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