/ Les Vagamondes

De Soheil Beiraghi avec Baran Kosari, Amir Jadidi, Sahar Dolatshahi, Leili Rashidi, Hoda Zeinolabedin
Drame - Iran - 2018 - VOST - 01h28

La Permission

D’après une histoire vraie. Afrooz est la capitaine de l’équipe féminine de futsal en Iran. Après 11 ans de travail acharné, son rêve devient réalité : l’Iran est en finale de la Coupe d’Asie des nations. Mais au moment d’embarquer pour la Malaisie, elle apprend que son mari lui interdit de sortir du territoire. En Iran, une femme doit obtenir l’autorisation de son mari pour pouvoir voyager. Afrooz doit alors réussir à convaincre son mari de la laisser partir, par tous les moyens…

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NB : au casting de ce film, Leili Rashidi, qui viendra rencontrer le public le lundi 14 février à 20h30 à l'issue de la projection de Pig. Dans La permission, elle joue le rôle de l'avocate de Afrooz.

Les limites des droits des femmes s’exposent dans un film poignant, magnifiquement réalisé, qui rappelle qu’il y a encore beaucoup à faire pour l’égalité homme-femme Quel merveilleux pays que la France, et quel modèle d’égalité homme-femme ! Le droit de vote en 1944, celui de travailler et d’avoir un compte bancaire personnel sans l’autorisation du mari en 1965, le principe du "à travail égal, salaire égal en 1972, loi sur la parité en 2000… Que d’avancées qui datent finalement d’hier, ce qu’il faudra se rabâcher comme un mantra au cas où des jugements faciles viendraient ternir la découverte d’un des rares films iraniens proposés sur nos écrans. Car l’une des premières choses que nous apprend La Permission, c’est précisément que nous ne savons rien de l’Iran, et encore moins du Proche-Orient ! Alors que nos rares connaissances sur ces pays nous sont dictées par les médias, et donc par ce qu’ils veulent bien nous raconter, nos regards d’Occidentaux s’apercevront tout de suite qu’à force de ne rien savoir, on finit par tout mélanger. L’on pourra donc s’étonner que les femmes aient toujours eu le droit de conduire en Iran (et pas en Arabie-Saoudite comme on en a tant parlé), que le divorce y est autorisé et que les femmes peuvent pratiquer un sport et même être appelées en équipe nationale (mais pas accéder aux stades lors des matchs de leurs homologues masculins). Une fois ces moments d’étonnement malvenus mais révélateurs sur notre ignorance de cette culture passé, on pourra enfin s’intéresser au scénario, tiré d’une histoire vraie qui a fait grand bruit, au point de dépasser les frontières iraniennes. En 2015, l’équipe nationale féminine iranienne de futsal devait participer au premier championnat de la Confédération asiatique en Malaisie. L’une des stars de l’équipe, la milieu de terrain Niloufar Ardalani, n’a pas pu participer à la compétition car son mari, Mehdi Toutounchi, par ailleurs présentateur connu de la chaîne iranienne des sports, ne lui a pas donnée l’autorisation de quitter le pays. En effet, en République islamique d’Iran, les femmes mariées ne peuvent voyager qu’avec la permission écrite de leurs maris. Bien décidée à se défendre et prenant les réseaux sociaux et tout son pays à témoin, Niloufar Ardalani a alors tout tenté pour le faire changer d’avis, traînant l’affaire en justice et révélant par la même occasion, que ce soit aux médias iraniens comme à ceux du monde entier, les limites des droits des femmes dans une société où la loi est du côté des hommes. La Permission, titre révélateur car il évoque l’infantilisation des femmes qui ne peuvent décider par elles-mêmes, révèle le contraste d’un pays moderne, ultra-connecté et tourné vers l’avenir, mais qui repose malgré tout sur des lois inégalitaires. Portrait d’une femme forte et volontaire qui a décidé de se battre pour défendre ses droits, le film se fait le témoin des vents contraires qui agitent l’Iran, entre la modernité en marche et des traditions qui tirent la société toujours plus en arrière. Récit d’une confrontation entre un époux et sa femme, entre la sacro-sainte loi et la très différente vie quotidienne, ce second film du réalisateur Soheil Beiraghi fait partie de ces productions intelligentes car impartiales, qui cherchent à montrer, à expliquer plutôt qu’à orienter. Sa caméra suit les personnages dans leur intimité, révélant la différence entre cette liberté que nous avons tous dans notre petit intérieur et le masque que nous devons porter à l’extérieur ; cet environnement hostile où il faut faire bonne figure, respecter des lois qui ne nous protègent pas, en cherchant toujours un moyen ingénieux d’être libre autrement. Présenté à l’heure des mouvements #MeToo et #Time’s Up, le film prend des accents universels lorsque le personnage interprété par Baran Kosari se heurte à un ennemi inattendu : l’habitude. Et un profond sentiment de résignation. Confrontée à la justice, au manque de solidarité entre femmes et finalement à des mécanismes mentaux datant de plusieurs millénaires, elle personnifie les perdantes des sociétés patriarcales, là où le personnage du mari incarne le grand gagnant. Personnage ambivalent, coupable de savoir la loi de son côté et d’en profiter, l’époux est insupportable dans cela qu’il est sûr de son bon droit. Sachant dès sa naissance qu’il peut limiter le droit des femmes (pire, de sa femme) en lui donnant ou pas la permission de voyager et de demander le divorce, pour ne citer que ces droits-là, c’est sa tranquillité qui tranche avec l’angoisse de sa partenaire. Ce décalage de ton apporte un côté thriller à un film qui a eu le mérite de relancer le débat sur les limites des droits des femmes en Iran, et les abus qui en découlent. En 2018, des députés ont ainsi proposé d’assouplir la loi pour les femmes ayant une carrière sportive, artistique ou politique. La vraie Niloufar Ardalani a peut-être perdu une bataille, mais elle a lancé ses compatriotes sur le chemin de la guerre. C’est aussi ça le cinéma. Avoir-alire

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