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Sortie nationale

De Jayro Bustamante avec María Mercedes Coroy, Sabrina De La Hoz, Margarita Kénefic, Julio Diaz, María Telón, Juan Pablo Olyslager, Ayla-Elea Hurtado
Drame - Guatemala / France - 2019 - VOST - 1h36

La Llorona

La Llorona pleure ceux qui sont morts durant le génocide des indiens mayas. Le général responsable du massacre est acquitté. Il reste hanté par La Llorona. Serait-ce Alma, la nouvelle domestique ? Est-elle venue punir celui que la justice n’a pas condamné ?

Un général guatémaltèque fait face à sa responsabilité dans le génocide indien. D’une intensité rare. Trente ans après la guerre civile au Guatemala, le général Enrique est, enfin, traduit en justice. Mais le vieillard, plein de morgue, ne reconnaît toujours pas avoir ordonné le génocide indien, et particulièrement les massacres de Rabinal entre 1981 et 1983. Condamné, il est pourtant gracié quelques jours plus tard, et rentre, avec sa femme, sa fille et sa petite-fille dans sa grande villa, désormais encerclée par une foule de manifestants qui brandissent les photos de centaines de morts et de disparus. À l’intérieur de la demeure, devenue un étrange fort Alamo, l’ambiance est irrespirable et le général ne dort plus, persuadé d’entendre les pleurs d’une femme. Alma, la nouvelle employée de maison indigène, serait-elle une revenante venue réclamer vengeance ? La Llorona est un film époustouflant : après Ixcanul (Ours d’argent à Berlin en 2015) et Tremblements, Jayro Bustamante clôt son triptyque sur la haine au Guatemala avec ce drame d’une puissance rare sur les plaies, encore béantes, d’un pays qui ne reconnaît toujours pas officiellement les exactions du régime militaire, particulièrement celle de l’ère Efraín Ríos Montt (1982-1983). Impossible d’oublier les premières images du procès : ce plan fixe sur une Maya témoignant d’une voix blanche, le visage caché sous un voile en dentelle multicolore. L’horreur des mots derrière la beauté d’un tissu traditionnel… Mais le film quitte rapidement le tribunal pour enfermer le général tortionnaire et ses proches en plein déni dans un huis clos où le cinéaste use avec maestria, et sans effets spéciaux, des codes du film de genre : la maison devient un labyrinthe horrifique au fil de plans-séquences en clair-obscur, aussi fluides qu’oppressants, qui emprisonnent les personnages… La foule, dehors, n’est entraperçue qu’à travers les rideaux mais ses revendications, ses chants et ses prières forment un hors-champ sonore entêtant : cette mélopée pour la vérité est le plus puissant des sièges. Peu à peu, la folie gagne à l’intérieur, et la présence quasi silencieuse, à la fois si charnelle et fantomatique, de la belle Alma dans sa robe blanche trouble les âmes jusqu’à habiter littéralement un corps, dans une scène sidérante d’expiation, où la bête meurt. La Llorona n’a pas fini de nous hanter. Télérama

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