/ Les Petites Bobines

De Arne Sucksdorff avec Anders Nohrborg, Kjell Sucksdorff, Holger Stockman, Arne Sucksdorff, Amanda Haglund, Annika Ekedahl, Aina Fritzell
Aventure - Suède - 1953 - VF - 01h35

La Grande aventure

Dans la campagne suédoise, deux garçonnets, Anders et Kjell, recueillent et élèvent en secret une loutre, Utti. Mais il devient rapidement difficile pour eux de subvenir à ses besoins…

A mi-chemin entre film de fiction et documentaire animalier, ce premier long-métrage du grand cinéaste suédois Arne Sucksdorff séduit par la beauté de ses images et la puissance évocatrice de son ode à la vie. Très grand documentariste suédois, Arne Sucksdorff a débuté dans le court-métrage où il sublimait les paysages naturels de son pays avec une maestria visuelle qu’il doit à sa formation initiale de photographe. Toutefois, à partir de 1951, il tente pour la première fois l’aventure d’un long-métrage qui mêle à la fois une méthode documentaire et une histoire fictionnelle complètement scénarisée. En suivant l’exemple des magnifiques œuvres de Robert Flaherty dans les années 30, le réalisateur nous raconte ici l’amitié entre une loutre et un enfant qui tente de l’apprivoiser. Toutefois, conscient de la faiblesse de ce postulat de départ, le cinéaste se concentre en réalité sur le passage des saisons dans une campagne suédoise typique et se fait le témoin contemplatif du formidable cycle de la vie. Pour parvenir à filmer des animaux en pleine action, le cinéaste n’a pas eu recours à une lourde équipe de tournage comme le laisse penser la puissance des images tournées, mais est resté durant deux longues années dans l’entourage immédiat de ses acteurs afin de s’intégrer à leur environnement. Sa formation de photographe a permis à Sucksdorff de tirer de ses longues journées d’attente des images splendides, au noir et blanc divinement contrasté. Si le film pâtit parfois d’un montage un rien languissant et maladroit (le combat des coqs amoureux ne s’imposait pas à ce moment précis de l’intrigue), on ne peut qu’être admiratif devant la minutie avec laquelle le réalisateur a agencé ses séquences afin de raconter de la manière la plus naturelle possible une histoire simple. Son hymne à la beauté de la nature et de la vie touche d’autant plus qu’il a été créé à une époque où l’écologie n’était pas franchement à la mode. Loin de succomber aux sirènes de l’anthropomorphisme, l’auteur ne cherche jamais à apitoyer le spectateur sur le sort des animaux. Il montre simplement l’implacable loi de la sélection naturelle et de la chaîne alimentaire, sans discours pontifiant ou moralisateur. Brillant ancêtre du Renard et l’enfant et autre Mèche blanche, La grande aventure est donc un spectacle particulièrement recommandé pour nos chères têtes blondes qui y verront un moyen efficace de s’éveiller aux merveilles de la nature, sans qu’on leur impose le moindre discours bêtifiant. N’est-ce pas finalement le meilleur moyen d’en faire des citoyens respectueux de leur environnement ? Avoir-alire

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