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Festival Augenblick - Films de l'année

De Florian Henckel von Donnersmarck avec Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer, Saskia Rosendahl, Oliver Masucci
Thriller Drame - Allemagne - 2018 - VOST - 1h31

L'Oeuvre sans auteur - Partie 1

À Dresde en 1937, le tout jeune Kurt Barnet visite, grâce à sa tante Elisabeth, l'exposition sur "l'art dégénéré" organisée par le régime nazi. Il découvre alors sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-arts, Kurt peine à s'adapter aux diktats du « réalisme socialiste ». 

Le jeune Kurt visite avec sa tante, Elisabeth, un musée qui, malgré les commentaires terribles du guide, naturellement converti au national-socialisme, fonde ses espoirs dans un art résolument moderne et personnel. Le ton est donné à cette saga dense, qui raconte presque vingt-cinq ans de la vie d’un peintre, dans une Allemagne de l’Est, accablée par son histoire nazie et communiste. Car L’œuvre sans auteur est tout à la fois l’histoire de ce jeune homme, peintre au grand talent, que celle de son pays dont on saisit, dès les premières séquences, le poids de la culpabilité face aux yeux du monde. Florian Henckel von Donnersmarck récidive avec un film à la forte empreinte romanesque et historique. On lui connaît le très brillant La vie des autres qui disait déjà la difficulté de l’Allemagne à panser ses plaies avec le communisme. Le cinéaste élargit sa propre défiance vis-à-vis de son pays, en faisant partir son récit de l’avant Seconde Guerre mondiale, où, entre autres, des médecins sans scrupule, participaient à la disparition d’aliénés mentaux, au nom d’une race aryenne à cultiver. Bien sûr, le film souffre de sa réalisation très convenue. La mise en scène classique ne cherche pas l’originalité. Parfois même, les procédés cinématographiques comme cette caméra qui tourne autour de la jeune tante, dans une musique entêtante, font verser le récit dans le pathos et le romantisme suranné. Pour autant, la forme se dépasse très vite tant, d’une part, l’interprétation des comédiens est excellente, et d’autre part, l’histoire emporte le spectateur dans un florilège de sentiments et d’émotions. Heureusement, le cinéaste ne force pas sur le tragique. Le scénario évite l’écueil du tire-larmes grâce notamment à la psychologie de son personnage principal, Kurt, tout entier pétri de détermination et de pudeur. On peut évidemment, sans excès, critiquer le manichéisme qui oppose notamment le père de la compagne de Kurt, un gynécologue sans scrupule et profondément antipathique, et les autres personnages qui ne sont que bonté et dévotion. Néanmoins, le récit est si dense, si beau qu’on en oublie les ficelles d’un scénario qui choisit peut-être la facilité. On ne peut pas regarder ce film sans se révolter contre le sort qui était réservé aux malades mentaux et aux handicapés, sous l’Allemagne nazie. Certes, on sait que si, les gens voulaient avoir une place dans la société, ils devaient adhérer au parti de Hitler, mais force est de constater que les auteurs de pareils crimes étaient animés de pulsions psychopathiques. Le cinéaste nuance sa vision radicale de l’Allemagne en illustrant aussi la force de la manipulation de la dictature. Il montre combien le peuple s’était lui-même enfermé dans cette politique de la terreur, sans parvenir à en sortir. Surtout, le long métrage prouve que la barbarie nazie n’a pas fait que traumatiser les pays occupés, mais qu’elle a concerné avant tout la population allemande, qui a subi les bombardements des voisins européens et la tyrannie du régime d’Hitler. L’œuvre sans auteur est un film brillant et intelligent, qui donne la part belle à l’acte de création. Les peintures que le jeune Kurt exécute devant le spectateur sont d’une incroyable beauté, au point que l’on se demande, pendant tout le film, s’il s’agit de la reconstitution de la vie d’un peintre réel, dont les œuvres auraient été retrouvées. On ne saura pas, mais peu importe. Il y a la démonstration que l’art sauve de tout, même de la peur et de la bêtise. Avoir-alire

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