Japanimation
De Mamoru Oshii avec Keiichi Noda, Mako Hyodo, Jinpachi Nezu
Animation - Japon - 1985 - VOST - 1h11
L'Oeuf de l'ange
Une petite fille fait un rêve éveillé. Perdue dans un monde dévasté par un événement inconnu, elle se rattache à un œuf qu'elle a trouvé dans une ruine. Projetant sur l'œuf toute sa fibre maternelle, elle lui apporte son affection et sa protection. Jusqu'au jour où un jeune homme ressemblant à un chevalier croise son chemin. Effrayée, elle prend la fuite, mais ne parvient pas à se séparer de cet inconnu bien intrigué par l'œuf…
Présentation de séance par les ambassadeurs du cinéma.
Il aura fallu attendre son quarantième anniversaire pour que L’Œuf de l’ange soit projeté pour la première fois dans les salles françaises, à la faveur de sa restauration en 4K sous la supervision de son réalisateur. Bien que déjà connu des spécialistes de l’animation japonaise et du public des festivals, il n’avait jamais été distribué en France : initialement conçu comme une OAV (Original Animation Video), il n’avait de fait guère rencontré de succès dans l’archipel nippon, au point qu’il avait failli, si l’on en croit le témoignage de Mamoru Oshii, compromettre sa carrière. Force est de reconnaître que la narration a de quoi dérouter le spectateur : dans une cité abandonnée et plongée dans une nuit sans fin, où de fantomatiques soldats s’échinent à harponner les ombres de poissons géants, le film met en scène une enfant diaphane, qui couve sous ses jupons un œuf d’une taille surprenante et que suit un jeune guerrier, à la chevelure tout aussi blanche, aux paumes bandées et équipé d’une longue arme en forme de croix. L’Œuf de l’ange est résolument un anime comme l’on n’en produit plus : quarante ans après sa sortie, il apparaît surtout comme la matrice de l’esthétique que Mamoru Oshii, qui n’avait alors que 34 ans, s’emploiera à développer dans la suite de son œuvre. Le cinéaste semble néanmoins être tombé dans l’écueil du premier projet personnel, en concentrant, de manière radicale, tout son imaginaire en à peine plus d’une heure. Il est peu de dire que le moyen métrage confronte le spectateur à une expérience déroutante : narration minimaliste, dialogues sporadiques et sibyllins ; palette chromatique réduite, plans longs et lents, parfois statiques au point qu’on a pu parler de tableaux animés ; bande-son parcimonieuse alternant silences oppressants, bruitages anxiogènes, mélodies atonales et envolées chorales ; chacun des choix artistiques est de nature à désorienter le public. De fait, Mamoru Oshii a accouché d’une œuvre dont la puissance visuelle et sonore ne saurait compenser l’opacité d’un scénario pour le moins elliptique. Pas plus que la petite fille n’aura de réponse à la question « qui es-tu ? » qu’elle adresse de manière récurrente à son taciturne compagnon, le spectateur ne pourra savoir, même après avoir vu la séquence finale, de quoi cette errance est l’allégorie. La symbolique manifestement biblique, traversée de thèmes issus du folklore japonais en un syncrétisme typique de la japanimation, entraîne le spectateur dans une quête de sens qui ne trouvera pas plus de résolution au sein de la fiction que dans son analyse : tout au plus pourra-t-on interpréter le film comme un rêve. Relevant à la fois du conte moderne et de la fable métaphysique, la narration semble un simple prétexte à donner à voir au spectateur des séquences saisissantes, à la croisée de l’anticipation post-apocalyptique, de la science-fiction rétrofuturiste et de la dark fantasy gothique. Aujourd’hui, le moyen-métrage vaut surtout du point de vue de l’histoire de l’animation japonaise : on appréciera ainsi la minutie du travail réalisé sur le mouvement des cheveux de la petite fille et le pouvoir de fascination exercé par les séquences oniriques sous-marines ; on retiendra également le talent avec lequel sont peints les décors, dont certains ne sont pas sans rappeler la peinture surréaliste de Giorgio de Chirico ou bien les films de Chris Marker ou Andreï Tarkovski. L’Œuf de l’ange pourra être également visionné par les fans de Mamoru Oshii comme un tournant dans sa filmographie : alors que réalisateur était cantonné à des productions commerciales, cet anime représente ainsi sa première création personnelle, avant qu’il ne réalise les deux Ghost in the Shell (1995 et 2004), The Sky Crawlers (2008) ou encore, en prise de vues réelles, Avalon (2002). à Voir à Lire
