Sortie nationale

De SEBASTIEN MARNIER avec Laurent Lafitte, Emmanuelle Bercot, Pascal Greggory, Luàna Bajrami, Grégory Montel, Adèle Castillon, Thomas Scimeca, Gringe
Thriller - France - 2018 - 01h34

L'HEURE DE LA SORTIE

Lorsque Pierre Hoffman intègre le prestigieux collège de Saint Joseph il décèle, chez les 3e 1, une hostilité diffuse et une violence sourde. Est-ce parce que leur professeur de français vient de se jeter par la fenêtre en plein cours ? Parce qu’ils sont une classe pilote d’enfants surdoués ? Parce qu’ils semblent terrifiés par la menace écologique et avoir perdu tout espoir en l’avenir ? De la curiosité à l’obsession, Pierre va tenter de percer leur secret...

Des collégiens privilégiés harcèlent froidement le remplaçant de leur prof suicidé. Une fiction hantée par une certaine pulsion de mort contemporaine. La figure de l’enseignant chahuté, voire violenté par des élèves intenables, revient régulièrement sur les écrans, quel que soit le ton — de François Bégaudeau dans Entre les murs (2008) à Isabelle Adjani dans La Journée de la jupe (2008) ou Isabelle Huppert dans Madame Hyde (2018). Mais ce qui intrigue d’emblée, face à L’Heure de la sortie, est l’extrême correction apparente des collégiens cherchant à humilier leur professeur de français remplaçant (Laurent ­Lafitte), après le suicide du titulaire. Et aussi l’hypothèse de leur supériorité psychologique, intellectuelle et sociale sur lui. Ils forment la brillante classe de troisième pilote, peu nombreuse, d’un établissement privé huppé. Et se montrent particulièrement habiles pour le harcèlement moral, à coups de réponses laconiques et de questions insidieuses. Le pire est à venir. C’est le deuxième long métrage d’un jeune réalisateur dont Irréprochable (avec Marina Foïs, il y a trois ans) souffrait d’une certaine redondance, film méchant sur une fille méchante. L’Heure de la sortie est plus trouble et plus ouvert. Un équilibre s’installe entre les forces en présence. Car le prof n’est pas seulement déstabilisé, puis effrayé, par la petite bande d’adolescents hors normes. Il en devient aussi le spectateur fasciné. Il les suit, à ses heures perdues, loin du collège, avec des intentions obscures. Il espionne leurs activités, d’abord indéchiffrables, entre la secte informelle et les jeux morbides. Ce personnage de célibataire quadragénaire, que personne ne rassure le soir à la maison, confirme la singularité de jeu sans ostentation de Laurent Lafitte — il était déjà formidablement opaque dans Paul Sanchez est revenu !, de Patricia Mazuy, l’année dernière. Et l’homosexualité de l’enseignant, explicite, ne devient jamais le sujet de l’histoire, encore moins sa clé : une rareté à saluer. Les élèves, eux, semblent venir tout droit du Village des damnés, classique de l’épouvante signé Wolf Rilla (1960) : très en avance sur leur âge, impassibles et résolument hostiles. En suivant le roman (de Christophe Dufossé) qu’il adapte, Sébastien Marnier donne toutefois un fort écho sociologique à leur attitude. Ils sont les enfants d’un monde qui ne croit plus au progrès mais seulement à l’imminence des catastrophes écologiques, sanitaires, terroristes. Ils accumulent et agencent les images de ce cauchemar (guerres, abattoirs, décharges) qu’ils voient comme leur seul avenir. La pulsion de mort chez les jeunes devient ainsi la grande affaire du film et entretient le suspense. D’autant que le prof malmené tend à se comporter comme s’il avait encore un pied dans cette noirceur adolescente, au-delà de ses élans protecteurs. Sur le dénouement, peu banal dans le cinéma français, plane alors l’ombre majestueuse de Take shelter (Jeff Nichols, 2011), référence récente de fiction paranoïaque. Ou ­extralucide. Télérama

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