Sortie nationale
Avant-Première
De Kleber Mendonça Filho avec Wagner Moura, Carlos Francisco, Tânia Maria, Robério Diógenes, Roney Villela
Politique
Drame - Brésil/France/Pays-Bas/Allemagne - 2025 - VOST - 2h40
L'Agent secret
1977, Brésil. Marcelo, un homme d’une quarantaine d’années fuyant un passé trouble, arrive dans la ville de Recife où il espère construire une nouvelle vie et renouer avec sa famille. C’est sans compter sur les menaces de mort qui rôdent et planent au-dessus de sa tête…
Avant-première le 15 décembre à 19h30 puis à partir du 17 décembre.
Sans doute le cinéaste brésilien le plus créatif de ces dernières années, et l’un des plus doués du monde, Kleber Mendoça Filho réalise avec L’agent secret son film le plus enthousiasmant, exigeant et accessible, politique et romanesque, au carrefour du film d’auteur et du cinéma de genre. Depuis Le bruit de Recife, le réalisateur a choisi de témoigner sur sa ville natale, tout en développant une critique virulente des pouvoirs politiques : le pouvoir central, qui a pu contenir encore les séquelles de la dictature brésilienne ; et le pouvoir local, gangrené par les réseaux mafieux et la corruption immobilière. Cela a pu donner le décapant Aquarius et le sublime documentaire Portraits fantômes. Et si d’aucuns ont pu être désarçonnés par Bacurau (coréalisé avec Juliana Dornelles) qui empruntait les sentiers de la dystopie métaphorique, parions que L’agent secret fera davantage l’unanimité. Non pas que le cinéaste fasse des concessions et aseptise son art avec une connotation davantage grand public : simplement, L’agent secret est un long métrage sans failles qui épouse la perfection, même si cette qualité effraie quelque « une certaine tendance de la critique », pour reprendre l’expression de Michel Ciment, encore qu’aucune réserve en ce sens n’ait été notifiée après la présentation du long métrage en compétition officielle au Festival de Cannes 2025. Quelle est donc la trame de L’agent secret ? Marcelo (Wagner Moura, fabuleux) est un quadragénaire qui quitte São Paulo pour Recife, en espérant y trouver l’harmonie. On est en pleine dictature brésilienne des années 70, et notre homme fuit peut-être un danger qui le menace, ce qui lui sera précisé plus tard. Marcelo souhaite en même temps revoir son fils, élevé par les grands-parents maternels à la suite de la mort de l’épouse de Marcelo. En même temps, la quête du véritable état civil de sa propre mère semble également son objectif. Cet axe narratif est complété par deux ensembles de séquences : un flash-back pù l’on découvre que Marcelo était chef de département dans une université, en conflit avec un industriel ; et des passages se situant de nos jours, où deux jeunes femmes consultent un service d’archives. L’ensemble est palpitant et plusieurs séquences marquent les esprits dès le début de la narration, lorsque deux policiers contrôlent Marcelo à une station service, indifférents au cadavre en putréfaction qui se trouve sous leurs yeux, et que le pompiste avait pourtant signalé depuis quelques jours… Passage ubuesque, à charge contre une autorité arbitraire n’ayant pas le sens de la mesure ; passage à la frontière du cauchemar, qui deviendra plus explicite avec des éléments aux confins du fantastique, comme cette mystérieuse jambe retrouvée sous les dents d’un requin, ou cette autre (la même ?) qui attaque les promeneurs d’un parc public. Ces éléments restent toutefois mineurs dans un récit où le réalisateur privilégie l’approche réaliste et historique : il déclare ainsi, sur le site du Festival de Cannes, avoir voulu « explorer comment les individus naviguent dans un système oppressif, comment ils résistent ou se soumettent. » La dernière partie du film, digne du Friedkin de French Connection ou du De Palma de L’impasse, assume avec brio l’incursion dans le pur cinéma de genre, sans que jamais le réalisateur n’abuse des coquetteries stylistiques (le split screen) ou des effets gore. On l’aura compris : L’agent secret est un film phare qui devrait élargir l’audience de Kleber Mendoça Filho et lui ouvrir, peut-être (et encore faut-il qu’il le souhaite), les portes de Hollywood. à Voir à Lire
