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Sortie nationale

De Joachim Trier avec Renate Reinsve, Anders Danielsen Lie, Herbert Nordrum, Maria Grazia Di Meo, Hans Olav Brenner, Marianne Krogh, Helene Bjørnebye, Vidar Sandem, Anna Dworak, Thea Stabell, Deniz Kaya
Comédie Dramatique - Norvège / France / Danemark / Suède / Etats-Unis - 2021 - VOST - 2h08

Julie (en 12 chapitres)

Oslo, de nos jours. Julie est une jeune femme pleine de ressource, mais à 30 ans, elle cherche encore sa voie. Bien qu’heureuse avec Aksel, un dessinateur à succès, aimant et protecteur, elle refuse l’enfant qu’il désire. Quand Julie le quitte pour Eivind, elle espère, une fois de plus, commencer une nouvelle vie.

Prix d'interprétation féminine Cannes 2021

On n’a pas oublié le désespoir solaire d’Oslo, 31 août. Las, le Norvégien Joachim Trier n’avait jamais retrouvé depuis une telle intensité. Le début de Julie (en 12 chapitres) déconcerte. Dans la voix off, le défilé des instantanés résumant la jeunesse studieuse de Julie et le récit de ses premières expériences sentimentales pointe une forme d’ironie un peu affectée. On apprend que la demoiselle a fait des études brillantes de médecine puis, insatisfaite, a changé de branche, en voulant devenir psychologue. Avant de changer à nouveau pour se lancer dans la photographie, avec le soutien de sa mère, étonnée, mais très compréhensive. Qu’est-ce donc ? Une satire, une comédie de mœurs un peu chic ? Il s’agit en fait d’un portrait qui va s’avérer subtil, celui de Julie, saisie à travers douze périodes ou passages de son existence, surtout concentrés autour de sa trentaine. Il est question de ses activités professionnelles, des liens avec ses parents et surtout de deux grandes histoires d’amour successives. La première avec un auteur de bande dessinée reconnu, créatif à l’esprit libre, plus âgé qu’elle (le formidable Anders Danielsen Lie, révélé dans Oslo, 31 août) ; la seconde avec un serveur de café doux et protecteur (Herbert Nordrum, géant aux faux airs d’Adam Driver), qui quitte sa compagne pour elle. Sur l’introspection, l’analyse des sentiments, le désir ou non de maternité, la fidélité ou non, le film est éminemment délicat. En faisant de Julie une sorte de symbole papillonnant et vulnérable de la jeunesse contemporaine, Joachim Trier, 47 ans, explore aussi l’écart entre les générations, entre ceux comme lui, conscient d’avoir un attachement aux choses déjà « old school », et les « digital natives », capables de rebondir et de se réinventer. Sont aussi évoqués pas mal des débats agitant la société actuelle, du mouvement #MeToo à l’urgence écologique. Sagacité du trait, profondeur littéraire des dialogues, fluidité de la mise en scène. Le film déambule à travers le temps et la ville aérée d’Oslo avec beaucoup de grâce. À l’image de cette séquence formidable de nuit grisante et très alcoolisée, où Julie s’incruste avec naturel dans une fête et flirte longuement, au bord de l’infidélité, dans un jeu de séduction très intime. Toujours captivant y compris dans la légèreté, le film avance de manière insoupçonnée vers des notes nettement plus mélancoliques et se révèle particulièrement poignant dans sa dernière demi-heure. Les acteurs qui forment ce triangle amoureux sont irrésistibles. En premier lieu, bien sûr, Renate Reinsve, toujours juste, première révélation de ce festival. Dire que cette jeune femme rayonne est presque un euphémisme. Télérama

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