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Rencontre

De Philippe Béziat avec Leonardo Garcia-Alarcon, Clément Cogitore, Bindou Dembélé, Florian Sempey, Edwin Crossley-Mercer
Documentaire - France - 2020 - 1h48

Indes galantes

C'est une première pour 30 danseurs de hip-hop, krump, break, voguing… Une première pour le metteur en scène Clément Cogitore et pour la chorégraphe Bintou Dembélé. Et une première pour l'Opéra de Paris. En faisant dialoguer danse urbaine et chant lyrique, ils réinventent ensemble le chef-d'œuvre baroque de Jean-Philippe Rameau, Les Indes Galantes.

Rencontre avec Philippe Béziat, réalisateur, le lundi 4 octobre à 20h.

La rencontre baroque entre des danseurs de hip-hop et Rameau. Un retour électrisant sur les coulisses du spectacle qui a embrasé l’Opéra Bastille. Le krump, quèsaco ? Clément Cogitore a une formule lumineuse pour définir cette danse urbaine déstructurée, née au sein des ghettos noirs de Los Angeles il y a une vingtaine d’années : « Un enfant furieux du hip-hop. » En 2017, dans un court métrage destiné à l’Opéra Bastille (et visible sur YouTube, régalez-vous !), le jeune metteur en scène a rapproché deux antipodes, le krump, donc, et un tube imparable de Jean-Philippe Rameau, la fameuse Danse du grand calumet de la paix. Baroque et baskets, musique savante et street dance, une rencontre anecdotique ? Pas pour la scène nationale, qui lui a proposé de monter sa propre version de l’opéra Les Indes galantes (1735). C’est la création de ce spectacle de trois heures quarante que raconte le documentaire de Philippe Béziat. ­Durant deux ans, des auditions des danseurs aux représentations triomphales données à Bastille à l’au­tomne 2019, le réalisateur, rompu à l’exercice délicat de la captation, a filmé le travail de la troupe et en livre un condensé vibrant, passionnant à tous les points de vue : artistique, humain et politique. Dans sa relecture de l’œuvre de Rameau, Clément Cogitore montre une « jeunesse qui danse au-dessus d’un volcan ». Des corps contemporains dans un Paris actuel et des rapports de ­domination qui explorent les clichés d’aujourd’hui. « Un stéréotype, c’est quelqu’un avec qui on n’a pas passé ­assez de temps », dit-il joliment. Du temps, Philippe Béziat en a pris pour nous offrir ce montage tonique, qui donne une virevoltante impression d’ubiquité : répétitions, solos des chanteurs, arrivée des chœurs, essayages des costumes, on est partout, jusque chez certains des danseurs dont le film adopte le point de vue. Pour la plupart issus de l’immigration, ils se sentent « invités de passage » dans un univers codifié et comme clos sur lui-même, où les révolutions, même à Bastille, se font attendre. Petit à petit, des personnalités se distinguent, attachantes, dont chacune mériterait « son » film. À commencer par la cho­régraphe, Bintou Dembélé, avec sa ­petite mèche grise et son énergie ­atomique. Ou le chef d’orchestre Leonardo García Alarcón, qui n’a pas son pareil pour partager la musique : « Quand on joue Rameau, il est là […]. Le temps n’existe pas. » Le plus beau, dans ce long métrage galvanisant, c’est la fusion qui s’opère sous nos yeux entre les danseurs de popping, de flexing, de voguing… et les chanteurs lyriques. « Tout le monde est admiré par tout le monde », se réjouit la chorégraphe. Attendue avec impatience, la Danse du grand calumet conclut l’aventure le poing levé dans une séquence particulièrement forte, mais Indes galantes n’oublie pas de questionner la réception du spectacle : un public debout tous les soirs contre une critique divisée. Au cinéma, en tout cas, ça marche. Télérama

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