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Plein Air au Bel Air

De Quentin Dupieux avec Alain Chabat, Léa Drucker, Anaïs Demoustier, Benoît Magimel, Lena Lapres, Roxane Arnal, Nagisa Morimoto, Mikaël Halimi, Grégoire Bonnet, Marie-Christine Orry, Stéphane Pezerat, Michel Hazanavicius
Comédie - France - 2021 - 1h14

Incroyable mais vrai

Alain et Marie s'installent dans le pavillon de banlieue de leurs rêves. Mais l'agent immobilier les a prévenus : ce qui se trouve au sous-sol risque bien de changer leur vie…

Avant la projection, concert de LA FONTE (Pop-rock) à 20h30.

Repas: Grillades et salades.

Depuis qu’il tourne, plus vite que son ombre, on pourrait classer les films de Quentin Dupieux, le zozo iconoclaste du cinéma français, dans deux zones comiques parallèles. Le récent Mandibules (2021) et le prochain Fumer fait tousser, dont l’idiotie futuriste a réjoui le Festival de Cannes, appartiennent à une veine farceuse et tendrement dégénérée. Incroyable mais vrai, lui, s’inscrit dans la lignée philosophique et inquiétante du Daim (2019) et de Réalité (2014) — avec, déjà, Alain Chabat. Comment raconter ce nouveau voyage en absurdie sans trop en révéler ? Dans une atmosphère délicatement étrange où le présent semble nimbé d’un filtre des années 1980, Alain (Chabat, donc) et Marie (Léa Drucker) deviennent propriétaires d’une maison moderne un peu datée et défraîchie. L’agent immobilier a su les convaincre en leur révélant la valeur ajoutée du lieu : une trappe dans la cave, avec un conduit qui va « changer leur vie ». Et très vite, entre la chambre et la cave, se creuse un gouffre spatio-temporel entre les époux. Car Alain, petit assureur qui aimerait juste ne plus être harcelé par un gros client, se montre peu pressé d’emprunter le tunnel surnaturel. La nuit, il dort. Marie, en revanche, s’y engouffre chaque soir. Elle y retourne sans cesse, plus que de raison… Après le blouson du Daim, qui rendait dingue Jean Dujardin, c’est donc au tour d’une trappe de faire glisser Léa Drucker, parfaite, vers la folie. Mais ce n’est pas tout : lors d’un dîner — un sommet de comique où le plus insolite s’exprime en termes anodins —, Gérard, le patron d’Alain, confie fièrement au couple s’être fait greffer un… pénis électronique. Ce que confirme avec naturel la petite amie de Gérard. Anaïs Demoustier, déjà hilarante dans Au poste !, brille cette fois en blonde décomplexée et un brin écervelée. Quant à Benoît Magimel, nouveau venu dans la galaxie Dupieux, il est génial en mâle triomphant, à la pointe du progrès, mais aussi du pathétique. Le tour de force de ce film aussi concis qu’un haïku ? Dépeindre l’ordinaire de deux obsessions vieilles comme l’humanité — la jeunesse éternelle, la virilité —, sans oublier leurs corollaires que sont la peur de ne plus séduire et l’usure du couple, à travers deux situations extraordinaires et dangereuses. En résulte un conte moral, certes loufoque, mais d’une sagesse mélancolique qu’on ne connaissait pas encore chez Quentin Dupieux. Même son habituel sens de l’épure vire, grâce à une photographie d’une beauté pointilliste, à une ode à la nature, seul remède aux frustrations et au temps qui passe. Alain Chabat, superbement serein, crinière blanche au bord de l’eau qui miroite : on n’oubliera pas la dernière image de ce film avec lequel, incroyable mais vrai, Dupieux, l’éternel adolescent, est devenu grand.

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