/ Retour sur le Festival Augenblick

De ULRICH KOHLER avec Hans Löw,Elena Radonicich,Michael Wittenborn,Emma Bading,Kathrin Resetarits,Ruth Bickelhaupt
Science-Fiction Drame - Allemagne/Italie - 2018 - VOST - 02h00

IN MY ROOM

Armin commence à avoir passé l’âge: celui de sortir tard le soir comme celui de la fille qui lui plait. Il n’est pas vraiment heureux mais ne peut pas s’imaginer vivre autrement. Un matin il se réveille: si le monde extérieur semble inchangé, il n’y a plus la moindre trace de vie humaine.

Un film apocalyptique dans une longue tradition de l’intime, mystérieux et fascinant, qui pose plus de questions qu’il ne répond aux énigmes offertes par le récit, et qui émerveille dans sa peinture d’une harmonie retrouvée entre l’homme et la nature. C’est un homme à qui rien ne réussit : il est sur le point de perdre sa grand-mère ; il est désillusionné par la relation que son père entretient avec sa mère ; les femmes le quittent au moment de succomber à l’amour ; et quand il filme des hommes politiques, sa caméra ne saisit que les réglages et oublie d’enregistrer les entretiens. Bref, rien ne va, jusqu’au moment où, paradoxalement, un mystérieux chaos emporte tous les êtres humains à l’exception de lui-même. Aux premières surprises succède alors, pour Armin, une renaissance au plus près de la nature. En effet, il décide de s’installer dans la baraque où il a passé une partie de son enfance, en pleine campagne, au milieu des animaux, de compagnie ou d’élevage. In my room est un film qui désarçonne son spectateur, dans la tradition naturaliste du cinéma allemand, qu’Ulrich Köhler jalonne de ses portraits arides du quotidien. Le cinéma nous a habitués à des apocalypses souvent synonymes d’action et d’effets spéciaux. Cette fois, l’on constate, comme dans le cinéma de Campillo (Les revenants) ou le cinéma de Jean-Paul Civeyrac (Fantômes, où il était déjà question de disparition humaine), en France, où le cinéma de Kiyoshi Kurosawa (Kairo), une approche plus intimiste, loin du spectaculaire. Les rues se sont évidées de toute présence humaine, une disparition inexplicable dont on prend très vite la mesure qu’il ne s’agit jamais du propos essentiel du film. En effet, Ulrich Köhler détourne son récit du chaos qui a foudroyé le monde pour se recentrer sur son personnage, Armin, incarné par le comédien Hans Löw, totalement bluffant. La transformation psychologique est à l’œuvre pendant près de deux heures et s’accompagne même d’une transfiguration physique. De l’homme bedonnant, malheureux, surgit un homme accompli, amaigri, musclé, s’adonnant à sa nouvelle existence en harmonie avec la nature, avec force et engagement. Le long-métrage constitue une sorte d’anthropologie minimaliste d’un retour aux origines. Le réalisateur invite son spectateur dans cette maison perdue au milieu des bois qu’Armin va totalement adapter à la pénurie d’énergie et d’eau. La caméra scrute le quotidien de l’humain abandonné à lui-même, dans le moindre détail, jusque même une séance de toilettes et d’essuyage de fesses. Assez miraculeusement, on se découvre une fascination à observer cet homme apprivoiser la nature, poursuivre les prédateurs renards qui viennent dévorer ses animaux d’élevage, se laver dans l’eau glaciale des rivières ou inventer des solutions pour éclairer sa demeure. Aller au bout de ce long-métrage nécessite de repenser son regard de spectateur. Les moyens limités du réalisateur se lisent dans une utilisation très parcimonieuse de la technique cinématographique. Les personnages sont rares. Mais la richesse du film se situe dans la capacité de l’auteur à communiquer, à travers son personnage, une expérience de vie autant spirituelle qu’émotionnelle. Avoir-alire

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