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2022 Année William Wyler

De William Wyler avec Kirk Douglas, Eleanor Parker, William Bendix, Cathy O'Donnell, George Macready
Policier Drame - Etats-Unis - 1951 - VOST - 1h50

Histoire de détective

L'inspecteur McLeod est attaché au commissariat du 21e district dans la ville de New York. C'est un homme dont la rigidité morale se reflète quotidiennement dans le travail. Il est strict et intransigeant. Si ses collègues policiers, notamment Brody, semblent plus sympathiques, McLeod ignore le sentiment de pitié, ne connaît que la loi et l'applique sans jamais tenir compte de circonstances atténuantes. C'est ainsi qu'il s'acharne sur Schneider, un médecin qui pratique des avortements clandestins. Devant la rage de McLeod, qui va jusqu'à brutaliser Schneider, le lieutenant Monaghan, son supérieur, mène une enquête et découvre que la femme de McLeod, Mary, a fauté avant leur mariage et qu'elle a «effacé» cette erreur de jeunesse précisément chez le docteur Schneider...

Rencontre avec Dorian Merten, doctorant en études cinématographiques, le dimanche 4 septembre à 17h

Au moment où, en novembre 1951, Histoire de détective sort sur les écrans américains, William Wyler ne sait pas encore que, l’année suivante, il foulera pour la première fois le tapis rouge de la Croisette pour venir le présenter à la presse internationale ; avec, à la clé, un prix de la meilleure actrice décerné à la débutante Lee Grant pour son rôle "négligeable" d’une voleuse à l’étalage. Entre le festival de Cannes et lui, c’est assurément une grande histoire d’amour puisqu’il y remportera aussi la Palme d’or en 57 pour La loi du Seigneur, et (pour couronner le tout) un double prix d’interprétation pour Terence Stamp et Samantha Eggar dans L’obsédé. Quant aux Oscar, il détient toujours le record de douze nominations en tant que meilleur réalisateur (pour trois statuettes remportées, l’année où le film triompha également) ! Alors que certains critiques actuels le considèrent juste comme un bon artisan, il ne fait pourtant plus aucun doute qu’il est l’un des meilleurs cinéastes de tous les temps (rien que la vision du bouleversant Les plus belles années de notre vie, réalisé cinq ans plus tôt, suffirait à le démontrer). Après Rue sans issue (avec Humphrey Bogart qui n’en est alors qu’à ses débuts), Wyler s’attelle de nouveau à l’adaptation d’un écrit du dramaturge Sidney Kingsley qui lui permet cette fois de manier admirablement les unités de lieu et de temps (au cours de cette journée interminable presqu’exclusivement au poste de police). En dépit du côté théâtral que la pièce originale impliquait, le récit démarre par un long plan-séquence, lequel fait suite au générique survolant la Grosse Pomme, devant un commissariat de police (correspondant aujourd’hui encore à la Cour criminelle de New York). On y suit un flic, de retour avec sa capture du jour (Lee Grant) qui deviendra, malgré elle, le témoin privilégié des agissements pas très catholiques d’un inspecteur tenace, du nom de McLeod. Pratiquement tout le reste du film se passe en huis-clos, mis à part une rare scène ou l’autre. L’une d’elle, absolument magistrale et assez analogue au plan-séquence introductif, nous présente un Kirk Douglas impeccable comme à son habitude (mais plus cabotin que jamais), dans la même situation que son collègue, qui retrouve son épouse qui ne l’a plus revu depuis deux jours du fait d’avoir poursuivi sans relâche un vulgaire bandit de seconde zone. À partir d’un storytelling absolument brillant, récompensé à juste titre du "Edgar Allan Poe" du meilleur scénario, Wyler dirige de main de maître ses comédiens (ce qui constitue l’une de ses marques de fabrique : en témoigne, le nombre impressionnant d’Oscar que les interprètes sous sa direction se sont vus attribuer) ; bien qu’il fasse avouer que les intervenants secondaires constituent de temps à autre la seule faiblesse du film. De plus, à l’instar de La vipère, il déploie avec beaucoup de maestria la psychologie qui anime ses protagonistes ; avec une mention spéciale pour celui de McLeod, véritable pierre angulaire de ce drame à venir. À sa manière, il construit merveilleusement un personnage au service de la loi, comme le seront également ses illustres héritiers : à savoir, le ripou campé par Welles dans La soif du mal ; sans oublier bien plus tard, pour son côté radical, l’Inspecteur Harry dans la série éponyme. Tétanisé à jamais par un père autoritaire, il n’accorde pas la moindre once d’indulgence dans sa manière d’exercer sa propre justice. Dans un dernier sursaut d’énergie, son épouse tentera le tout pour le tout en le laissant face à ses propres démons : "Pourquoi tout doit être noir ou blanc avec toi ? Ne sois pas si intolérant. Tu creuses ta propre tombe, ça te crève les yeux. Un pas de plus, et tu es dedans". Si Histoire de détective n’a attiré que 1.580.480 timides spectateurs en France, il fait toujours l’effet d’une grosse claque en plein visage dont on ne se relève pas immédiatement... Avoir-alire

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