Sortie nationale
De Shu Qi avec Roy Chiu, Esther Liu, Yu-Fei Lai
Drame - Chine - 2025 - VOST - 2h04
Girl
Taïwan, 1988. Hsiao-lee, une jeune adolescente timide, peine à trouver sa place au sein de sa famille dysfonctionnelle. Elle voit sa vie bouleversée par sa rencontre avec Li-li, une jeune fille vive et insouciante qui lui permet de s’évader de son quotidien. Mais lorsque le passé douloureux de sa mère ressurgit, d’anciennes blessures refont surface. Partagée entre un lourd héritage familial et son ardent désir de liberté, Hsiao-lee doit trouver sa propre voie.
Pour son premier film en tant que réalisatrice, Shu Qi signe une œuvre forte sur un sujet malheureusement universel. Que les femmes vivent en Europe, aux États-Unis ou à Taïwan, leurs rêves se heurtent souvent à la même domination masculine. La cinéaste montre ici la violence faite aux femmes, mais aussi comment elle se transmet de génération en génération. Elle choisit tout de même de donner une chance à son héroïne, portée par le visage lumineux de la jeune Bai Xiao-Ying, et par un travail soigné sur la lumière et la couleur. Avec sa cheffe opératrice Yu Jing-Pin, Shu Qi oppose des extérieurs chaleureux et vivants, en plein soleil le jour, sous les néons la nuit, à l’ambiance froide et terne de la maison familiale. Seule exception : la tente où Hsiao-lee se réfugie, petite touche de couleur face à la violence du père. Cette réussite visuelle doit beaucoup au parcours de Shu Qi. En tant qu’actrice, elle a souvent travaillé avec Hou Hsiao-hsien, et a pu observer de près son sens du cadre et de la lumière. C’est d’ailleurs lui qui l’a encouragée à passer derrière la caméra, un projet qui aura mis onze ans à voir le jour. Son expérience d’actrice se ressent aussi dans la direction des jeunes Bai Xiao-Ying et Audrey Lin, ainsi que de 9m88 et Roy Wu, tous très justes. Ils portent tous le propos du film : la résistance, la résilience et l’envie de sortir d’un schéma imposé, qu’il soit familial, social ou politique. Si le film parle avant tout de la domination masculine, on peut aussi y voir un message plus politique. Shu Qi, qui travaille aussi bien à Taïwan, à Hong Kong qu’en Chine continentale, ne s’engage jamais ouvertement sur ce terrain. Mais le contexte choisi n’est sans doute pas un hasard. L’histoire se déroule en 1988, un moment clé pour Taïwan, qui sort alors de plusieurs décennies de loi martiale et entame sa transition démocratique. Dans le contexte actuel, marqué par les tensions avec la Chine, ce récit d’émancipation face à une autorité brutale prend un sens particulier, presque comme un appel à résister face aux tyrans. Avec Girl, Shu Qi signe un premier film simple, authentique. Son passage derrière la caméra est, sans détour, une vraie réussite. Acumen Magazine
