Sortie nationale

De Ira Sachs avec Isabelle Huppert, Brendan Gleeson, Greg Kinnear, Marisa Tomei, Jérémie Renier, Pascal Greggory, Ariyon Bakare, Vinette Robinson, Carloto Cotta
Drame - Etats-Unis/France/Portugal - 2019 - VOST - 1h38

Frankie

Frankie, célèbre actrice française, se sait gravement malade. Elle décide de passer ses dernières vacances entourée de ses proches, à Sintra au Portugal.

Le réalisateur new-yorkais de “Love Is Strange” et “Keep the Lights On” permet à Isabelle Huppert de se renouveler en tragédienne minimaliste, dans un film choral et cosmopolite. Elle fait une entrée de diva dans le film, lunettes fumées, talons vertigineux, au bord de la piscine d’un hôtel de luxe. Isabelle Huppert fait-elle fructifier son golden globe (obtenu en 2016 pour Elle, de Paul Verhoeven) en s’offrant un écrin pour star dans le film d’un cinéaste américain (indépendant) en vue, Ira Sachs ? Fausse piste. Point de départ trompeur d’une trajectoire tragique et étonnamment humble. Cette première image de Frankie (petit nom du personnage) sera la dernière à émettre les signes d’un triomphe. Frankie est malade, en rechute fatale. Elle n’a plus que quelques mois à vivre et elle le sait. Elle a réuni sa famille (recomposée) et ses amis pour des vacances qui sont aussi, indiciblement, des adieux. C’est le film opportun pour Huppert, que ses récents et spectaculaires faits d’armes ont enfermée dans un emploi de « surfemme ». En lui offrant le rôle d’une actrice célèbre mais vaincue, Ira Sachs lui permet d’exprimer une humanité simple, sans aucun effet de manche. Témoin, cette scène où, égarée dans la campagne portugaise, près de Sintra, au Portugal, Frankie est reconnue par de vieilles dames d’un village, occupées à fêter un anniversaire : la vedette est invitée à s’attabler avec les autres, qui saluent sa victoire contre la maladie, relayée par la presse quelques années avant… Silencieuse, hagarde, mécaniquement égayée par la liesse alentour, Isabelle Huppert donne alors l’une des scènes les plus émouvantes de sa filmographie. Le cinéaste trouve aussi l’équilibre entre son univers, importé de New York, et ce premier tournage européen avec une troupe cosmopolite (Brendan Gleeson, Jérémie Renier, Marisa Tomei, Greg Kinnear…). Qui a vu Love Is Strange (2014) et Brookyn Village (2016) retrouvera, dans Frankie, tout son art du film choral, où aucun personnage secondaire ne le reste jusqu’au bout. Et où de subtiles transmissions s’opèrent entre les générations, mais aussi entre ceux qui renoncent déjà et ceux qui désirent encore. Fluide, presque chorégrahique, Frankie est comme les précédents opus du réalisateur, un tableau de la dérive des sentiments, de la fuite du temps, de l’inéluctable en marche. Et cependant, ce n’est pas triste mais vivant : la vie comme elle va, et comme elle s’en va. Télérama

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