Sortie nationale

De Wi Ding Ho avec Lee Hong Chi, Jack Kao, Louise Grinberg, Ding Ning, Huang Lu, Chang Kuo-Chu, Shih Chin-Hang, Linda Liu, Ivy Yin
Policier Science-Fiction Drame - Chine/Etats-Unis/Taïwan/France - 2018 - VOST - 01h47

Face à la nuit

Trois nuits de la vie d’un homme. Trois nuits à traverser un monde interlope, qui ont fait basculer son existence ordinaire. Il est sur le point de commettre l’irréparable. Mais son passé va le rattraper…

L’édition 2019 du Festival International du Film Policier de Beaune a récompensé ce long métrage très sombre, dont la montée en puissance s’appuie sur une mise en scène impeccable, jusqu’au final en apothéose. Magistral. Oubliez Hollywood et le cinéma européen : l’avenir du septième art, c’est l’Asie ! Que conclure d’autre face à la déferlante de films de grande qualité venus du Japon, de Corée du Sud ou encore de Chine, qui envahissent nos écrans avec des mises en scène originales, des scenarii inédits et une manière d’appréhender le monde (et de le montrer) qui nourrit une nouvelle vague cinématographique passionnante ? Là où l’industrie américaine multiplie les films de super-héros et les remakes, au risque de lasser et où le cinéma européen peine à se renouveler, le cinéma asiatique acquiert de plus en plus d’adeptes, comme en témoigne son succès grandissant auprès du public, ainsi que dans les plus grands festivals. Après le triomphe du film sud-coréen Parasite au Festival de Cannes 2019, qui a vu le jury présidé par le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu le récompenser légitimement de la Palme d’or, place désormais au lauréat du Festival international du film policier de Beaune. Proposé par le réalisateur malaisien Wi Ding-Ho, Face à la nuit est le fruit de huit années de travail et le témoin d’une coopération internationale (mécènes taïwanais, casting en partie européen, directeur de la photographie français…). Grâce à une incroyable mise en scène, qui sépare le film en trois parties bien distinctes, ce long métrage se distingue par une montée en intensité surprenante, réussissant par là-même à capter de plus en plus l’attention d’un public invité à analyser, s’interroger et à être attentif au moindre détail. Trois parties, trois moments de la vie d’un même homme, qui a connu trois nuits décisives qui ont contribué à faire de lui l’homme qu’il est devenu. Le tout proposé à rebours, le début du film correspondant au crépuscule de l’existence d’un antihéros incarné par trois acteurs différents. Un coup de maître, tant le film monte en puissance jusqu’à sa dernière scène – magistrale. Certes inégales, les trois parties permettent de suivre le même personnage, surfant sur différents aspects psychologiques, grâce à une mise en scène qui reprend la même logique que la psychanalyse. Car s’il est vrai que chaque individu a des raisons très personnelles et souvent obscures pour tous les autres d’agir de telle manière, alors Face à la nuit tente d’entrer dans l’esprit d’un personnage, de prime abord totalement hermétique à la moindre compréhension. Une première partie sur la vieillesse, une seconde sur l’âge adulte, une troisième sur l’adolescence… Tout semble indiquer que les clés de la psychologie de ce personnage se trouve dans son passé. C’est là où réside tout le génie du réalisateur : perdre son public dans la psyché d’un homme dévoré par l’amertume, en construisant tout son scénario sur des thèmes tels que le regret, le temps qui passe... En suivant le même personnage sur plus de quarante ans, Wi Ding-Ho cherche à démontrer comment un évènement a priori anodin, un couac dans le rouage, peut finalement changer notre destin. L’enjeu est alors de garder l’attention du spectateur tout au long des trois parties ; la simple analyse du comportement humain ne suffit pas. La première partie est lente, descriptive et manque de rythme. La seconde commence à donner quelques clés de compréhension, concentrant à elle seule la majorité de l’action. La troisième partie, paradoxalement la plus courte, est formidable. Elle justifie à elle seule tout le processus, à commencer par une chronologie inversée qui permet de mieux appréhender tout un contexte social, ainsi qu’une certaine réalité contemporaine. Plaçant l’individu étudié dans son environnement, le réalisateur s’interroge ici sur les pratiques actuelles : réseaux sociaux, chirurgie esthétique, clonage… Face à ces pratiques, qui ont des répercussions considérables sur les relations humaines, comment notre société va-t-elle évoluer ? Face à la nuit dépeint une réalité bien obscure, et un futur qui risque de l’être encore plus, tant l’individu sombre dans la solitude face à des aspects de son existence qu’il ne maîtrise pas vraiment. Tourné à Taipei, le film ancre ainsi son histoire dans le monde réel, cherchant à toucher tous les publics en utilisant plusieurs langues et en noyant les caractéristiques de la capitale taïwanaise dans un flot de détails, afin que chacun puisse s’identifier à des questions que l’on se pose tous sur le futur de nos sociétés contemporaines, et finalement de la planète entière. Un film à visée universelle, qui laisse des traces tant il incite à une réflexion profonde sur nos modes de vie. A découvrir absolument. Avoir-alire

Prochainement