De Valeria Golino avec Riccardo Scamarcio, Valerio Mastandrea, Isabella Ferrari, Valentina Cervi, Jasmine Trinca, Andrea Germani, Marzia Ubaldi, Iaia Forte, Francesco Borgese
Drame - Italie - 2018 - VOST - 01h55

Euforia

Une situation difficile donne à deux frères éloignés l'occasion de se connaître davantage. Matteo est un jeune entrepreneur prospère, ouvert d'esprit, charmant et dynamique. Son frère Ettore vit toujours dans la petite ville de province où ils sont nés et enseigne au collège local. C'est un homme prudent et honnête. Tous les deux vont découvrir qu'un lien très étroit les rapproche.

Un film intense et rare, dans une Italie stupéfiante d’argent et de désinvolture, où la fraternité et l’amour sont mis à l’honneur grâce à une mise en scène à la fois sobre, ironique et ambitieuse. Ils sont deux frères opposés autour d’une mère envahissante, qui ne fait pas vraiment dans la délicatesse. Matteo est riche, très riche, voire trop riche, là où son frère, Ettore, appartient à la classe moyenne des professeurs. L’un, gay, dépense sans compter, dans son appartement romain d’un luxe éblouissant, et l’autre, hétérosexuel, préfère à la vie bobo romaine, la profondeur des livres et la beauté de la nature. Et pourtant, la maladie va réunir les deux frères, mettant le talent de l’un à rendre supportable le choc des traitements pour l’autre. Quand on regarde ces deux portraits d’hommes, si antagonistes, on pourrait craindre un téléfilm caricatural, campé dans des caractères manichéens, à la façon d’un mauvais pastiche de La Bruyère. En réalité, la réalisatrice, dont c’est le deuxième film après le savoureux Miele, qui traitait déjà des thèmes de la mort et de la maladie, installe son récit dans une capitale romaine truculente et fascinante. Elle emprunte un regard ironique et attachant sur ses personnages urbains, particulièrement Matteo, d’une effarante extravagance à la limite de la désinvolture, comme si elle réglait ses propres comptes contre une société aisée qu’elle connaît et fréquente. On pense notamment à cette scène totalement incroyable, où Matteo fait croire à son neveu que la mendiante, couchée à terre, feint son état de pauvreté, et l’enjambe alors allègrement. Et pourtant, Matteo ne se résume pas au mauvais bougre que l’on imagine. C’est un homme esseulé, malheureux, et d’une profonde humanité. Indéniablement Riccardo Scamarcio et Valerio Mastandrea forment un duo fraternel, convaincant et attachant. Chacun incarne un caractère tranché, sans jamais tomber dans la grossièreté ou le ridicule. On pense à la tradition italienne de la comedia dell’arte dans ces rodomontades réjouissantes que les deux comédiens jouent avec ravissement. Les acteurs parviennent à transformer le récit en un subtil drame familial et social où le cynisme et le rire ne sont jamais loin. Le film assume volontairement des dialogues très écrits qui entretiennent l’ambiguïté d’un ton à la fois véritablement sensible et résolument cocasse. On ne peut pas clore ce papier sans saluer le très beau travail de la photographie qui s’attache à décrire une Italie lumineuse et colorée. La mer, la ville, la route sont filmées avec grâce, même quand, au milieu du ciel, une mouette lâche de son bec un poisson énorme, encore vivant, sur le visage d’un des frères. Manifestement, Valeria Golino cherche à valoriser la beauté de l’Italie, ce qui ne l’empêche pas de s’amuser et de rire de son propre pays dont on aurait tendance bien souvent, à le résumer à une pièce de musée. Avoir-alire

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