/ Rencontre

De Véronique Mériadec avec Clémentine Célarié, Serge Riaboukine, Lilly Mériadec, Jean-Baptiste Marchais, Juan Carlos Ruiz
Drame - France - 2018 - - 01h22

En mille morceaux

1977, Eric Gaubert assassine Olivier, l’enfant de Nicole Parmentier. Vingt-cinq ans plus tard, cette mère à la vie brisée donne rendez-vous au meurtrier de son fils qui vient de sortir de prison. Quel est le but de cette rencontre ? Une simple vengeance ou la volonté de comprendre ce qui a poussé cet homme à commettre l’irréparable ?

Rencontre avec Isabelle Depommier, directrice du Pôle aide aux victimes de l’association APPUIS, et Déborah Blanchard, juriste spécialisée en victimologie et criminologie le vendredi 22 février à 20h 

Pour son premier long-métrage, la réalisatrice Véronique Mériadec aborde sans fard le thème peu développé de la justice restaurative. Globe-trotteuse intrépide et sportive accomplie, Véronique Mériadec ramène de ses voyages un regard acéré sur le monde. A partir de 1998, ils lui servent de trame pour réaliser une trentaine de documentaires et quelques courts et moyens- métrages. Un jour, elle visionne un documentaire sur un serial-killer américain placé face aux familles de ses victimes. De manière totalement inattendue, l’une d’elles pardonne l’assassinat de sa fille. Cette situation définitivement inenvisageable pour elle la pousse à rendre hommage à celles et ceux qui sont capables d’accorder leur pardon à l’impardonnable. La confrontation de la victime et de son bourreau ne fait pas partie des habitudes françaises, contrairement au Canada où la justice restaurative se pratique depuis les années 70 et a fait baisser le taux de récidive de 30%. C’est bien ce qui l’incite à en faire le cheval de bataille de son premier film. Elle va devoir ferrailler durant trois ans pour donner naissance à cette œuvre dont le thème reste tabou mais qu’elle tient à révéler au public. C’est dans l’arrière-boutique d’une miroiterie jonchée de glaces et de miroirs cassés, reflet de ces deux personnes brisées par le destin et le passé que la réalisatrice installe son décor. Le choix du huis-clos emprisonne les personnages dans cet endroit sombre et étroit, décuple les tensions de vie et de mort et les contraint à s’approcher de leurs vérités. L’originalité et l’engagement du projet incitent deux grands noms du cinéma français à prêter main forte à cette aventure qui ne reçoit aucune aide. Clémentine Célarié peu maquillée, les traits tirés, le visage lourd de peine et de larmes prête sans compter sa générosité à cette femme qui n’est là ni pour juger, ni pour condamner cet assassin qu’elle ne peut s’empêcher de considérer, malgré son inexcusable forfait, comme un être humain. Alors entre silences, invectives, éclats de voix et supplications, elle n’a de cesse de vouloir comprendre qui est celui qui lui a volé sa vie dans l’espoir d’apaiser en partie son deuil. A coups de flash-back, l’accusé sous les traits d’un Serge Riaboukine à la silhouette massivement tassée, la tête rentrée dans les épaules et le regard peu assuré, fait défiler ce que fut sa vie de misère et d’errance. Il cherche juste à expliquer et n’attend aucune compassion. Le ton monocorde de Riaboukine parvient très justement à restituer l’humilité presque touchante de ce criminel lui aussi condamné à l’enfer. Petit à petit, la force de leur duo à la sincérité incontestable dessine l’ombre sinon d’une complicité, au moins le début d’une compréhension entre ces deux êtres que seules la haine et la méfiance devraient animer. On regrettera pourtant qu’une mise en scène trop contenue aux allures de documentaire ne procure jamais l’explosion d’émotion que l’on pouvait attendre d’un sujet aussi intensément humain. L’option d’un dénouement ouvert qui laisse à chacun le soin de se confronter à cette réalité en son âme et conscience plaide sans l’imposer en faveur d’une ouverture vers la résilience et le pardon. On ne peut que saluer cette initiative courageuse et humble de cinéma citoyen. Il est à noter que la justice restaurative a été introduite en France dans la loi Taubira du 15 août 2014. Avoir-alire

Prochainement