Ciné-relax

De Emmanuel Courcol avec Benjamin Lavernhe, Pierre Lottin, Sarah Suco, Clémence Massart-Weit, Ludmila Mikaël
Comédie Drame - France - 2024 - VF - 1h43

En fanfare

Thibaut est un chef d’orchestre de renommée internationale qui parcourt le monde. Lorsqu’il apprend qu’il a été adopté, il découvre l’existence d’un frère, Jimmy, employé de cantine scolaire et qui joue du trombone dans une fanfare du nord de la France. En apparence tout les sépare, sauf l’amour de la musique. Détectant les capacités musicales exceptionnelles de son frère, Thibaut se donne pour mission de réparer l’injustice du destin. Jimmy se prend alors à rêver d’une autre vie…

«Pour le plaisir d’aller enfin au cinéma sans craindre d’être rejetés », c’est ce que propose l’association Culture-relax, parrainée par Sandrine Bonnaire. Des séances de cinéma tout public, aménagées pour les rendre accessibles à des personnes exclues des loisirs culturels à cause d’un comportement parfois inattendu. Chaque spectateur est accueilli de sorte qu’il se sente le bienvenu et respecté tel qu’il est.

Séance au tarif de 5 € pour tous.

Certains films installent leur narration en ne délivrant qu’au fur et à mesure des informations cruciales. Un peu à la manière de ces chansons qui ménagent l’émotion avant qu’elle n’éclate au moment du refrain. En fanfare fait l’inverse, méritant bien son titre : dès les dix premières minutes, et avec, déjà, une grande qualité d’écriture tragi-comique, c’est toute une vie qui bascule. Ou plutôt deux. Il serait donc dommage, en un résumé, de dévoiler tout ce que découvre Thibaut, chef d’orchestre de renommée internationale, qui a besoin d’une greffe de moelle. Glissons juste qu’il se retrouve avec un frère, Jimmy, ayant été élevé dans un milieu très différent du sien et jouant du trombone dans une fanfare du nord de la France. Entre les deux hommes, le fossé social est énorme, mais un point commun les lie depuis le berceau : la musique. Dans Un triomphe, son précédent long métrage, Emmanuel Courcol adaptait avec une belle habileté l’histoire vraie d’un groupe de taulards libérés par la découverte de la pièce de Beckett En attendant Godot. Autour du même sujet, le choc – fertile – des cultures, il réalise, cette fois, son meilleur film, digne de ces comédies anglaises à la fois profondément sociales et émouvantes, tirant les larmes sans les extirper. Est-on censé être plus heureux si on a été élevé à Meudon ou bien dans une ville de mineurs du Nord ? Entre un garçon né avec l’oreille absolue et un autre qui a bossé la musique toute sa vie pour arriver au sommet, quel est le plus chanceux ? Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci. La reproduction totale ou partielle d'un article, sans l'autorisation écrite préalable de Telerama, est strictement interdite. Pour plus d'informations, consultez nos Conditions Générales d'Utilisation. Pour toute demande d'autorisation, contactez droitsdauteur@telerama.fr. Toutes ces questions, entre nature et culture, sans oublier, bien sûr, celle du mensonge filial et de la quête de ses origines, tissent la partition du film, où les notes se contredisent et se mêlent, sans jamais qu’une réponse, manichéenne, s’impose. « Toi, à 3 ans, on t’a mis au piano. Moi, à 3 ans, on m’a mis en nourrice » : les dialogues sonnent fort, coups de cymbales durs et drolatiques en même temps. Ainsi, l’humour est toujours présent, en filigrane, comme un autre lien, naturel, entre les deux frères, souvent noir pour résumer en un trait ce qui pourrait être dit en de longs discours. La musique a cette même propriété de ne jamais hiérarchiser ni les hommes, ni les émotions : d’Aznavour à Verdi, de Miles Davis à Dalida, elle n’est pas utilisée, comme souvent, à la manière d’un simple juke-box, mais soutient la mise en scène, discrètement exaltante. Même ce satané Boléro de Ravel reprend, ici, toute sa force ouvrière, lui qui est né du son des machines d’une usine. Télérama

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