Sortie nationale

De Rodrigo Sorogoyen avec Antonio de la Torre, Bárbara Lennie, Josep Maria Pou, Nacho Fresneda, Ana Wagener, Francisco Reyes, Maria de Nati, Mónica López, Luis Zahera, David Lorente, Andrés Lima, Óscar de la Fuente, Paco Revilla
Policier Drame - Espagne/France - 2017 - VOST - 02h11

El Reino

Manuel López-Vidal est un homme politique influent dans sa région. Alors qu'il doit entrer à la direction nationale de son parti, il se retrouve impliqué dans une affaire de corruption qui menace un de ses amis les plus proches. Pris au piège, il plonge dans un engrenage infernal.

Antonio de la Torre livre une prestation si admirable que son personnage de politicard ripou en devient attachant. Cette approche originale rend d’autant plus violente l’attaque lancée à l’encontre de la corruption du milieu politique espagnol dans sa globalité. Difficile à suivre. C’est ainsi qu’apparaît Manuel López Vidal puisque, dès le premier plan, la caméra se met péniblement sur les traces de cet individu, dans les couloirs d’un restaurant dans lequel il semble comme chez lui, juste après nous l’avoir fait découvrir, dans un plan très large, sur la vaste plage. C’est malheureusement aussi comme ça que surgit très vite l’affaire politico-juridique qui va venir parasiter les ambitions de cet homme. Avant même de savoir concrètement ce qui va lui être reproché, le fait de ne pas avoir d’information sur le poste qu’il occupait, ni même sur la région où il exerçait son influence ou le parti politique auquel il est rattaché, laisse deviner que Sorogoyen ne cherche pas à pointer du doigt qui que ce soit. Bien au contraire, les spectateurs qui ont vu son précédent long-métrage peuvent néanmoins, dès les premières minutes, deviner que les enjeux politiques sont avant tout, comme l’était l’enquête policière de Que Dios nos perdone, le prétexte à un thriller psychologique. La prestation d’Antonio de la Torre – avec ses faux airs de Dustin Hoffman un peu plus criants à mesure que passent les années – est donc, davantage que les accusations nébuleuses faites à son personnage, l’élément principal que la mise en scène cherche à mettre en avant. L’un des éléments les plus récurrents (peut-être un peu trop, jusqu’à parfois manquer de subtilité) est, pour cela, les gros plans en focale courte sur le visage de l’acteur. Ceux-ci figurent le piège qui se referme sur López Vidal, donc parfaitement en opposition au large plan d’ouverture dans lequel il apparaissait comme déchargé de la moindre contrainte. L’autre artifice qui alimente le suspense et le stress du personnage est le recours récursif, de la scène d’ouverture jusqu’au générique final, à une musique électro qui alimente chaque accélération du rythme. Malgré cela, pendant au moins toute la première moitié du film, le flou que le scénario laisse planer autour de l’affaire de corruption est assez frustrant, dans ce sens où il laisse vainement le public dans l’attente d’une scène de procès qui serait l’occasion de révélations et autres rebondissements explicatifs. La paranoïa croissante, mais aussi la volonté de vengeance de plus en plus violente de López Vidal, qui deviennent, dans la seconde moitié du film, les deux principaux piliers du scénario viennent lui redonner la fluidité qui faisait précédemment défaut. La caractérisation de ce personnage, loin de l’archétype du politicien machiavélique tel que l’a notamment alimenté House of Cards, fait d’ailleurs de chacune de ses maladresses autant de ressorts comiques. Ainsi, le combat autodestructeur que mène cet homme esseulé contre un système véreux, sans que l’on apprenne jamais à quel bord politique il appartient, permet au réalisateur de dépeindre la situation alarmante dans laquelle s’est enfermé son pays. Même si la conclusion en revient à l’opposition du personnage principal à sa propre culpabilité, c’est donc globalement la représentation brutale de l’omniprésence de la corruption, mais aussi d’autres pratiques criminelles parasitant la démocratie espagnole, qui donnent à ce thriller sa redoutable efficacité. Avoir-alire

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