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Sortie nationale

De Thomas Vinterberg avec Mads Mikkelsen, Maria Bonnevie, Thomas Bo Larsen, Magnus Millang, Susse Wold
Comédie Dramatique - Danemark - 2020 - VOST - 1h57

Drunk

Quatre amis décident de mettre en pratique la théorie d’un psychologue norvégien selon laquelle l’homme aurait dès la naissance un déficit d’alcool dans le sang. Avec une rigueur scientifique, chacun relève le défi en espérant tous que leur vie n’en sera que meilleure ! Si dans un premier temps les résultats sont encourageants, la situation devient rapidement hors de contrôle.

La vie serait-elle plus belle avec 0,5 gramme d’alcool dans le sang ? Le réalisateur de Festen s’amuse, ni moralisateur, ni inconséquent. Thomas Vinterberg n’a jamais fait dans la dentelle. Depuis Festen, son coup d’éclat cannois (Prix du jury 1998), et son immonde patriarche incestueux cloué au pilori par ses victimes en plein repas de famille, le Danois s’est dispersé tous azimuts, du mélodrame victorien en costumes au film de sous-marin russe. Il revient en son royaume, forcément « pourri », avec un précis de soûlographie à l’amoralité détonnante en ces temps de dictature sanitaire. Rongés par la routine de leur métier de profs au lycée et leurs déboires conjugaux de plus ou moins jeunes pères de famille, quatre mâles en peine décident de mettre en pratique la théorie farfelue d’un psychologue norvégien selon laquelle la vie est plus belle avec 0,5 gramme d’alcool dans le sang, du matin au soir… Ragaillardi par sa mirifique découverte (le saviez-vous, ­l’alcool rend gai, comme l’eau mouille et le feu brûle ?), le quatuor exulte, avant de déchanter devant la difficulté de tenir la posologie. « Les hommes naissent égaux et puis ils se mettent à boire », disait Coluche, autre théoricien du bonheur. Une saillie qu’on peut interpréter différemment selon que l’on considère la boisson comme un poison ou un bienfait. Face au film, on peut privilégier une lecture politiquement incorrecte et, même, dénoncer les risques de l’abstinence, qui empêche d’atteindre ce degré d’éveil éphémère procuré par l’ivresse. De toute évidence, Thomas Vinterberg choisit ce camp-là, lui qui n’aime rien tant que mettre à nu les vices enfouis sous le vernis de la bonne société. Sans jamais nier les ravages de l’alcoolisme (un des protagonistes finira mal à force de ne pas respecter les doses prescrites), le réalisateur refuse de verser dans le discours culpabilisateur. Le prof d’histoire interprété par Mads Mikkelsen prend un malin plaisir à mettre en avant les grands hommes portés sur la bouteille (Churchill, Tchaïkovski, Hemingway…) devant des élèves enfin captivés par son cours, auparavant hautement soporifique. Certains pourront juger pareil film bas de plafond ou inconséquent, mais Vinterberg est, jusqu’au bout, davantage dans le constat que dans l’apologie. Au Danemark comme ailleurs, la consommation d’alcool est un rituel, pour le pire et parfois le meilleur. La scène finale, une danse improvisée, libérée par la bière, sur les quais du port de Copenhague, témoigne de la beauté fragile qui peut surgir de l’état d’ébriété. Télérama

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