RencontreLes RDV d'ATTAC et de la LDH
De Dominik Moll avec Léa Drucker, Jonathan Turnbull, Mathilde Riu, Guslagie Malanda, Stanislas Merhar
Policier - France - 2025 - VF - 1h56
Dossier 137
Le dossier 137 est en apparence une affaire de plus pour Stéphanie, enquêtrice à l’IGPN, la police des polices. Une manifestation tendue, un jeune homme blessé par un tir de LBD, des circonstances à éclaircir pour établir une responsabilité. Mais un élément inattendu va troubler Stéphanie, pour qui le dossier 137 devient autre chose qu’un simple numéro.
Rencontre avec le collectif Walden, Attac et la Ligue des Droits de l'Homme.
L’ambiance est à la fête. Dans la voiture qui la mène à Paris, la famille Girard chante du Joe Dassin à tue-tête. Il y a la mère, aide-soignante, ses deux enfants, à peine sortis de l’adolescence, et un de leurs copains. Partis de Saint-Dizier à l’aube, ils s’apprêtent à participer à leur première manifestation des Gilets jaunes, dont les « épisodes » rythment et déchirent la capitale en cette fin d’année 2018. Aucune intention d’en découdre, juste celle d’exprimer un ras-le-bol face au mépris des élites pour la France des ronds-points. Et puis ce sera aussi l’occasion de visiter les beaux quartiers. La nuit précoce, un mouvement de foule, les lacrymos, une ville inconnue : la famille est dispersée du côté des Champs-Élysées et les deux garçons se retrouvent seuls face à des policiers. Le fils s’écroule, touché à la tête par un tir de Flash-Ball. Laissé pour mort, il survivra, avec d’importantes séquelles neurologiques. Dépression, migraines, une vie gâchée. La mère porte plainte. Stéphanie (Léa Drucker), inspectrice de l’IGPN, la police des polices, ouvre un nouveau dossier, numéro 137. Après l’immense carton de La Nuit du 12, son suffocant film-enquête sur fond de féminicide — 545 000 entrées en France, sept césars —, Dominik Moll revient gonflé à bloc avec cette « nuit du 8 décembre 2018 », disséquée avec le même souci de didactisme et de nuance dont il s’est fait, avec son scénariste, Gilles Marchand, le modeste artisan. Ce nouveau film-dossier, au sens littéral, à la fois noble et bureaucratique du terme, est moins l’autopsie d’une bavure policière que la démonstration que la vérité judiciaire est, plus que jamais, soumise aux affects de ceux qui sont chargés de la rendre. Et que cette vérité ne vaut rien face à la raison d’État. L’un des biais de l’enquête, invalidant pour certains, de part et d’autre de l’écran, vient de l’improbable coïncidence géographique entre le personnage de Léa Drucker et la famille de la victime, tous deux originaires de la même ville sinistrée du Grand Est. Mais sans ce point commun, le film n’existerait simplement pas. Cette proximité humanise l’enquête et l’enquêtrice, comme cette dernière l’explique dans le long et beau monologue final : à l’IGPN comme ailleurs, on parle toujours « de » quelque part. Fuyant le manichéisme, Dossier 137 n’est pas un film anti-flic, il ne dénonce rien, il démontre, preuves à l’appui, la difficulté de faire reconnaître les violences policières dans un pays où les ministres de l’Intérieur successifs refusent jusqu’à employer l’expression. Solidement documenté, le scénario nomme les choses et joue habilement du contraste entre la sécheresse du jargon administratif dans les dialogues et le désordre de son application dans les images. Comme l’avouent ses membres incriminés par l’enquête, la BRI, réquisitionnée en urgence, n’avait aucune compétence en maintien de l’ordre. Elle en a en revanche beaucoup dans le maintien de l’omerta. Haletant comme un polar, sec comme un coup de matraque, ce film courageux sur un sujet inflammable ne réconciliera pas la France. Les partisans d’une police ontologiquement irréprochable crieront à la manipulation. Les autres y trouveront sans doute matière à raviver leur colère, légitimer leur indignation ou confirmer leur désenchantement. Télérama
