De Matteo Garrone avec Marcello Fonte, Edoardo Pesce, Alida Baldari Calabria, Nunzia Schiano, Adamo Dionisi
Drame - Italie - 2018 - VOST - 01h44

DOGMAN

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2018 Dans une banlieue déshéritée, Marcello, toiletteur pour chiens discret et apprécié de tous, voit revenir de prison son ami Simoncino, un ancien boxeur accro à la cocaïne qui, très vite, rackette et brutalise le quartier. D’abord confiant, Marcello se laisse entraîner malgré lui dans une spirale criminelle. Il fait alors l’apprentissage de la trahison et de l’abandon, avant d’imaginer une vengeance féroce...

Prix d'interprétation masculine pour Marcello Fonte Cannes 2018

Un drame humain âpre et amer, chargé de nihilisme, qui apporte une réponse féroce à l’avènement du populisme en Italie. Désormais grand habitué du Festival de Cannes où ses trois précédents films ont été présentés et même souvent récompensés (Gomorra, Prix du jury en 2008, Reality, Grand Prix en 2012 et Tale of Tales, bredouille et injustement décrié), Matteo Garrone revient à la thématique de son excellent Gomorra, à savoir l’intrusion de la criminalité dans le quotidien des Italiens. Cette fois-ci ce n’est plus la mafia, telle une entité abstraite et omnisciente, qui représente cette menace, mais un individu seul, tout aussi effrayant. Peut-être même plus encore. JPEG - 156.4 ko (C) Greta de Lazzaris Le récit s’inspire d’une histoire vraie survenue dans les années 80. C’est celui d’un toiletteur pour chiens, qui dirige un chenil dans un quartier populaire, que l’on qualifiera aimablement de lugubre, bien loin de l’image éclatante de Rome qu’en donne Paolo Sorrentino (hors L’ami de la famille). Cet outsider sombre progressivement dans une spirale infernale sous l’influence d’un voyou qui terrorise tout le voisinage à la seule force de ses poings et de ses coups de boule, distribués à foison. Le schéma faustien, consistant à développer comment ce rapport de force s’est installé, semble tout tracé à la lecture du pitch. Pourtant, Garrone préfère consacrer du temps à l’observation du quotidien peu reluisant de Marcello, sur un style qui renvoie à ses illustres modèles néoréalistes. Ce quadragénaire, père d’une fille d’une dizaine d’années, sans que l’on n’en sache plus sur la mère, compense sa solitude au contact des chiens. Il est incarné à l’écran par Marcello Fonte (déjà vu dans L’intrusa). L’acteur lui prête un physique à part, des traits rabougris, comme à l’âge d’or de la comédie noire (Affreux, Sales et Méchants, d’Ettore Scola vient immédiatement à l’esprit), mais une fois de plus, on pense également à L’ami de la famille de son homologue Paolo Sorrentino. JPEG - 252.8 ko (C) Greta de Lazzaris Dans ce quotidien à l’écart du monde, de par la situation sociale décrite, le récit vire littéralement à l’horreur dès que survient le personnage de Simoncino, croquemitaine dans un monde pathétiquement réel. Brute, amateur d’ultra violence, ce que lui permet aisément sa carrure de lutteur, ce cocaïnomane conduit Marcello sur une voie qui n’est pas la sienne, celle d’une dégénérescence brutale. Le scénario pèche alors un peu sur la justification de leur soi-disant amitié la relation de dominant-dominé apparaît comme déjà actée dès la première apparition. Les faiblesses de scénario de cette première partie introductive sont cependant vite atténuées par la finesse dont fait montre le cinéaste quand il s’agit de décrire les effets du forcené dans cet environnement. A la fois monstre de terreur pour tout le monde, il exerce un pouvoir de fascination sur Marcello qui n’arrive pas à exister aux yeux des autres. C’est donc moins la piste du carcan méphistophélique qui se referme sur cet homme pathologiquement timide que le jeu des regards qui intéresse Garrone. Le regard que porte la société sur Marcello, celle de Marcello sur le monde, et ceux portés sur le terrifiant Simoncino. A partir de là, l’auteur de Gomorra réussit à mettre au point une effrayante image des rapports humains, bâtie autour de l’éternelle loi du plus fort, à l’image des chiens dans la cage qui passent leur temps à aboyer les uns sur les autres, avec agressivité. De ce tableau désenchanté, l’élément le plus perturbant est évidemment le jeu de Marcello Fonte qui, tel un chien battu, dissimule ses émotions derrière son sourire nigaud. L’absence d’enjeux psychologiques de la relation entre ces nouveaux David et Goliath participe néanmoins à rendre celle-ci mécanique, ce qui est la plus grosse limite de cette première moitié du scénario. L’évolution de Marcello nous emmène néanmoins vers une prise de conscience de sa part, notamment après un séjour en prison subi pour avoir couvert celui qu’il croyait être son ami et dont il attend toujours un minimum de reconnaissance. Dès lors, le film ne va que s’enfermer davantage dans un engrenage de violence, pourtant dénoncée par le réalisateur, qui va jusqu’à mettre en scène un meurtre graphique relevant du torture-porn. Un passage qui en amusera certains autant qu’il révulsera les autres, mais néanmoins indispensable pour capter l’ampleur de l’avilissement subi et la volonté de finalement renverser le rapport de force. Dogman peut alors être vu comme le constat accablant que la sauvagerie la plus désabusée se traite par une brutalité identique et déshumanisante. Le film explore la métaphore animale jusqu’au bout, jusque dans un plan final signifiant, chargé de nihilisme. Mais c’est surtout dans l’interprétation politique que cette oeuvre choc prend tout son sens, puisque Matteo Garrone nous offre surtout à voir le peu d’alternative dont jouit le peuple afin de se libérer de l’asservissement d’un pouvoir fasciste. Est-ce la réponse du cinéaste aux récentes élections italiennes et à l’émergence au plus haut niveau du populisme ? Avoir-alire

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