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De Michel Ocelot
Aventure Animation - France - 2018 - 01h30

DILILI A PARIS

Dans le Paris de la Belle Epoque, en compagnie d'un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle va d'aventure en aventure à travers la ville prestigieuse, rencontrant des hommes et des femmes extraordinaires, qui l'aident, et des méchants, qui sévissent dans l'ombre. Les deux amis feront triompher la lumière, la liberté et la joie de vivre ensemble.

A noter : hommage à Michel Ocelot pendant le festival Les petites bobines du 9 au 24 février. L'occasion de voir ou revoir Kirikou et la sorcière, Azur et Asmar, Dilili à Paris et quelques autres.

Toujours en quête d’innovations visuelles et esthétiques, Michel Ocelot suit les aventures mouvementées d’une fillette Noire à la Belle Époque avec un travail pictural en hommage aux tableaux de maîtres. On le connaît bien, Michel Ocelot. C’est le septuagénaire qui nous a offert quelques-uns des plus beaux films d’animation français : Kirikou et la sorcière, Azur et Asmar, Princes et princesses… C’est celui qui n’a eu de cesse de renouveler en permanence son cinéma, explorant de nouveaux horizons esthétiques. Kirikou et la sorcière témoignait le premier de sa formidable capacité de jouer avec la géométrie des espaces et la profondeur des décors dans lesquels il fait évoluer ses personnages. Dans Azur et Asmar, Ocelot joue de textures et de couleurs dans une esthétique irréprochable. Dans Princes et princesses, c’est la beauté des profils et des ombres qu’il fait surgir aux yeux des spectateurs par l’utilisation du papier découpé. Dilili à Paris réserve aussi son lot d’autoréférences, de surprises et d’innovations. Nous sommes dans le Paris de la Belle Époque. Tout semble aller pour le mieux. Enfin pas tout à fait pour Michel Ocelot. Quelque chose le gêne dans cette « belle époque » : il n’y a que des Blancs et, comme en témoigne la séquence d’ouverture du film, le racisme est omniprésent puisque les Noirs sont exhibés au public dans le cadre de musées anthropologiques. Pourtant, lorsque Dilili ouvre la bouche, force est de reconnaître que certains parisiens identitaires et nationalistes peuvent aller se rhabiller, comme le découvre Orel, jeune conducteur de triporteur : « Toi comprendre moi ? » lui demande-t-il. Et Dilili de lui répondre par l’affirmative avec une syntaxe parfaite. Rien d’étonnant à cela puisqu’elle a eu Louise Michel comme professeure (sans blague). Mais sa condition de Noire ne lui a jamais permis de vivre en petite fille libre, aussi intelligente soit-elle. Dilili rêve de découvrir Paris, Orel décide donc de lui faire visiter la ville à l’aide de son triporteur. Une complicité joyeuse, pleine d’humour et de tendresse, va naître et grandir entre ces deux-là. En réunissant à l’écran un adolescent issu des classes populaires et une petite fille noire, Ocelot, comme à son habitude, transcende les tensions culturelles pour les réunir dans leur diversité et leur communauté. Les classes sociales se rencontrent et se mélangent : voir la complicité entre Dilili et la cantatrice Emma Calvé. Des hommes remplis de préjugés finissent par revoir leur jugement vis-à-vis des personnes de couleur, comme Lebœuf, le chauffeur d’Emma Calvé. Mais Dilili à Paris se veut également un film féministe, à l’heure où les débats s’enchaînent sur la cause des femmes, les questions de harcèlement sexuel et de violences conjugales. En effet, quelque part dans les égouts de Paris se trame un terrifiant complot : des petites filles sont enlevées pour servir le terrible dessein d’une bande de suprématistes masculins : les Mâles-Maîtres. N’écoutant que son courage, son audace et son culot, Dilili décide de mener l’enquête, aidée par Orel, Emma Calvé et bien d’autres. C’est que Michel Ocelot met en scène son film à une époque où le machisme et le patriarcat dominaient le paysage sociétal, renvoyant par là-même aux thèmes et à l’esthétique du cinéma classique français – celui de Jean Renoir et de Marcel Carné –, plantant une étoile au milieu d’un réel dont les violences et les inégalités se parent de beaux habits, de voitures confortables et de vastes appartements. En grand innovateur, Ocelot surprend une fois encore, les plans de Dilili à Paris étant composés à la fois de dessins originaux et de véritables photographies en prises de vues réelles, qui rappellent au spectateur que le cinéma est fondamentalement un art de lumières, d’images, de montage et de trucages. Il y a fort à parier que ce road trip policier, techniquement très maîtrisé et teinté de poésie et d’humanité, sera considéré, à juste titre, comme le film d’animation événement de ce début d’automne. Avoir-alire

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