De TEONA STRUGAR MITEVSKA avec Zorica Nusheva, Labina Mitevska, Stefan Vujisic, Simeon Moni Damevski, Suad Begovski
Comédie Dramatique - Macédoine/France/Belgique - 2019 - VOST - 01h40

DIEU EXISTE, SON NOM EST PETRUNYA

A Stip, petite ville de Macédoine, tous les ans au mois de Janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière et des centaines d’hommes plongent pour l’attraper. Bonheur et prospérité sont assurés à celui qui y parvient. Ce jour-là, Petrunya se jette à l’eau sur un coup de tête et s’empare de la croix avant tout le monde. Ses concurrents sont furieux qu’une femme ait osé participer à ce rituel. La guerre est déclarée mais Petrunya tient bon : elle a gagné sa croix, elle ne la rendra pas.

S’inspirant d’une histoire vraie, Teona Strugar Mitevska dépeint le calvaire d’une femme ayant eu l’audace d’intervenir lors d’un rite orthodoxe réservé aux hommes. Le film s’ouvre sur une image mystérieuse : Petrunya est seule, toute petite, vue de haut, immobile sur une des lignes qui dessinent les couloirs d’une piscine vidée de son eau. Elle paraît hurler silencieusement. Mais que fait-elle là, entourée de neige fondue ? On croise ensuite un groupe de jeunes orthodoxes, sur une terre battue. Puis la caméra vient déranger Petrunya sous les draps, comme les enfants qui se fabriquent des cabanes. La tête enfouie, elle refuse d’entamer une nouvelle journée. Sa mère lui apporte un petit-déjeuner d’enfer avec des aliments qui paraissent peu ragoûtants - des tartines de chou kale géantes ? Embrasement. Mais qu’est-ce qu’elle fait là ? C’est la question que se poseront tous les personnages de ce cinquième long métrage de Teona Strugar Mitevska, cinéaste macédonienne inconnue en France car ses films, bien que lauréats de nombreux prix reçus lors de festivals - celui-ci a été montré à la Berlinale - n’ont jamais été distribués dans l’Hexagone. Oui, Petrunya est là, et elle ne sortira pas du champ. Non seulement personne ne la virera, mais elle fera un genre de révolution sans que jamais le scénario ne ressemble à un conte de fées ou à une histoire morale, bref, sans que la fiction ne soit artificielle. C’est l’histoire d’un embrasement et le trajet d’une indésirable. Petrunya est grosse, trop grosse au regard des normes, de sa mère, des yeux aimants, et elle marche sur l’arête d’un mur pour se rendre à un rendez-vous d’embauche. Sa mère la harponne d’en bas : «Dis que tu as 25 ans, et non 31.» Petrunya aime marcher sur les lignes où elle peut se balancer dans le vide. Non pour mourir mais pour sauver sa peau. C’est ce qu’on apprendra très vite. Mais quand le jeune patron la reçoit, il lui lance, après lui avoir tapoté la cuisse, qu’elle ne peut lui servir à rien, qu’il ne pourrait «même pas la baiser». Comment Petrunya va-t-elle basculer de personne écrabouillée en héroïne active ? Eh bien, sans volonté spécifique. A Stip, petite ville de Macédoine où se déroule l’action, comme dans toute l’Europe de l’Est, chaque mois de janvier, le prêtre de la paroisse lance une croix de bois dans la rivière où des centaines d’hommes se précipitent pour la rattraper car elle porte chance. Solidarité. Encore dans sa belle robe de candidate à l’emploi, Petrunya saute de très haut sans y penser, et devient la première femme à récupérer l’objet providentiel. Déchaînement des hommes scandalisés qui la frappent pour lui arracher la croix. Les télés sont là et filment la séquence. De retour chez ses parents, Petrunya est arrêtée par la police, alors que la famille découvre l’infamie aux infos. Mais comment prétendre qu’elle a volé la croix ? De quel droit l’obliger à la rendre ? La jeune femme au poste est-t-elle incarcérable ? Un lien de solidarité se noue entre la journaliste qui couvre l’affaire - jouée par la sœur et productrice de la cinéaste - et Petrunya, qui découvre que la croix, objet de toutes les convoitises, la munit d’un pouvoir bien réel : celui de faire réfléchir tous les pouvoirs. Teona Strugar Mitevska s’est inspirée d’une histoire vraie ayant eu lieu en 2014, qui a provoqué un scandale et l’exil à Londres de la lauréate. La cinéaste explique dans le dossier de presse : «Cette année, une autre femme a attrapé la croix à Zemun, en Serbie. On lui a fait une ovation. Le monde change vite, cela me remplit d’espoir.» Libération

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