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La Quinzaine de la Danse

De Alla Kovgan avec Carolyn Brown, John Cage, Ashley Chen, Brandon Collwes, Dylan Crossman, Julie Cunningham, Jennifer Goggans, Lindsey Jones, Cori Kresge, Daniel Madoff, Rashaun Mitchell, Marcie Munnerlyn, Robert Rauschenberg
Documentaire - Allemagne/France/Etats-Unis - 2019 - VOST - 1h33

Cunningham

Cunningham retrace l’évolution artistique du chorégraphe américain Merce Cunningham, de ses premières années comme danseur dans le New-York d’après-guerre, jusqu’à son émergence en tant que créateur visionnaire. Tourné en 3D avec les derniers danseurs de la compagnie, le film reprend 14 des principaux ballets d’une carrière riche de 180 créations, sur une période de 70 ans. Cunningham est un hommage puissant, à travers des archives inédites, à celui qui révolutionné la danse, ainsi qu’à ses nombreux collaborateurs, en particulier le plasticien Robert Rauschenberg et le musicien John Cage.

En partenariat avec l'Espace 110 d'Illzach, organisateur de La Quinzaine de la Danse

Cunningham traverse quarante ans de l’œuvre chorégraphique de Merce Cunningham, en offrant un cadre cinématographique d’une très grande richesse, qui donne aux danses un souffle nouveau, absolument fascinant. On se souvient de l’expérience de Wim Wenders qui avait exploité la 3D pour redonner vie à l’œuvre exceptionnelle de Pina Bausch. Alla Kovgan prend a priori le même parti esthétique, pour retracer quarante ans de la carrière fabuleuse du chorégraphe avant-gardiste, Merce Cunningham. Mais la cinéaste va au-delà du travail que Wenders avait accompli. Elle fait délibérément de l’œuvre dansante de Cunningham une œuvre de cinéma à part entière, qui réinvente les pièces de danse dans des décors modernes, ultra urbanisés, et des couleurs très vives. La 3D offre au spectateur une sorte de scène théâtrale, où des danseurs contemporains s’approprient un espace totalement réécrit par la caméra elle-même. Le résultat est absolument bluffant. Le spectateur a l’impression de visiter un théâtre ou des salles de musée, qui raconteraient le récit autobiographique du chorégraphe. Les films d’époque sont insérés dans le film, jouant avec les formes, les perspectives, à la façon dont un conservateur de musée inventif organiserait son exposition. Cunningham c’est quarante années depuis la Seconde guerre mondiale, dans une création artistique en plein bouleversement. Le film nous rappelle qu’à l’époque, les artistes ne disposaient pas de la facilité des réseaux sociaux, pour donner chair à leur œuvre. Le chorégraphe a connu la pauvreté, aux côté de peintres aujourd’hui mondialement reconnus ou de son ami, John Cage, lequel a confectionné la plupart des musiques qui accompagnent les pièces de Cunningham. On mesure l’opiniâtreté, la détermination et l’abnégation qu’il faut à un artiste alternatif pour faire reconnaître son œuvre. Depuis, Cunningham figure parmi les plus grands influenceurs de ballets contemporains. La réalisatrice parvient, dans sa façon de filmer les jeunes danseurs qui reprennent des chorégraphies, à rendre ces dernières totalement accessibles, voire classiques. Même la musique semble aisée à écouter, alors qu’à l’époque, elle subissait les ricanements des critiques et le mépris du public. Cunningham raconte avec brio l’histoire d’un créateur, et plus généralement celle du processus de création en général. L’œuvre et l’artiste ne font qu’un au point que les danseurs de l’époque témoignent d’un rapport presque familial qu’ils entretenaient entre eux. Manifestement, les temps ont changé et les jeunes danseurs se sont professionnalisés. Bien sûr, cela n’enlève rien à leur talent, mais il semble que quelque chose ait disparu dans le processus humain de la production artistique. La réécriture de ces œuvres, vieilles parfois de quarante ans, s’inscrit dans des décors totalement contemporains, essentiellement à New York, dont on voit la majestuosité s’étendre sur l’écran grâce à des vues en hauteur ou en plongée. La caméra se transforme en un danseur au milieu des jeunes artistes. Elle connaît les mouvements des corps, les sorties et les entrées dans le cadre, et elle suit chacun d’eux, rajoutant à leur chorégraphie un sentiment de modernité et d’absolu. Voilà donc un film qui ouvre l’année 2020 et devra réjouir les spectateurs encore hagards de leurs festin de réveillon. Alla Kovgan a réalisé un film enthousiasmant et passionnant, qui sonne comme une page de musique ou une visite dans un musée à mille entrées. On est ravi par le spectacle de la beauté qui s’étale sur l’écran, et évidemment, depuis quatre décennies, à travers le génie de Merce Cunningham. Avoir-alire

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