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Sortie nationale

De Juho Kuosmanen avec Seidi Haarla, Yuriy Borisov, Dinara Drukarova
Comédie Dramatique - Finlande/Russie/Estonie/Allemagne - 2021 - VOST - 1h47

Compartiment N°6

Une jeune finlandaise prend un train à Moscou pour se rendre sur un site archéologique en mer arctique. Elle est contrainte de partager son compartiment avec un inconnu. Cette cohabitation et d'improbables rencontres vont peu à peu rapprocher ces deux êtres que tout oppose.

Grand Prix Cannes 2021

Un train file à travers la Russie post-soviétique. Dans un compartiment naît une improbable idylle. Grand Prix à Cannes, un irrésistible éloge de l’inconnu. Un film d’époque, un beau, un vrai. Sans costumes empesés ni décors vitrifiés. Nous voici en 1996, en un temps à la fois lointain et proche où Internet n’existait pas et où les téléphones portables restaient une rareté. Presque une autre civilisation. Et dans cette Russie-là, postsoviétique depuis seulement cinq ans, des étudiants étrangers enthousiastes, attirés par des expériences tout sauf virtuelles, s’aventuraient volontiers parmi les vestiges encore bien visibles d’un monde entièrement administré depuis le Kremlin. Il en va ainsi de la jeune Finlandaise, archéologue en devenir, que l’on suit d’emblée. À Moscou, elle est la colocataire et l’amante d’une fille très entourée. Mais elle entreprend seule, comme on tourne la page, bon gré mal gré, un long voyage en train vers l’autre bout du pays, pour découvrir les pétroglyphes (des gravures rupestres sur les rochers) de Mourmansk. Elle a tout d’une vraie routarde, n’a peur de rien ni de personne, pas même de ce garçon fruste, sinon rustre (et russe, par ailleurs), alcoolisé la plupart du temps, qui partage par hasard son compartiment de jour comme de nuit, en route, lui, vers un complexe minier où il gagnera sa vie pour la première fois. Le deuxième long métrage du Finlandais Juho Kuosmanen (Olli Mäki, 2016), Grand Prix du dernier Festival de Cannes, exerce, contre toutes les apparences, le charme des plus beaux films romantiques : il restitue une attirance imprévue, informulée, entre deux êtres qui se croient confusément, l’un et l’autre, voués à la solitude. Les échanges sont d’abord difficiles, rudimentaires, au bord de l’hostilité. Le rapprochement est fragile, les inhibitions s’en mêlent, quelque chose résiste… Au fil du voyage, et des escales sur ce territoire enneigé, qui dégèle lentement, l’attraction devient aussi une peur de la séparation, de la disparition : une adresse écrite sur un bout de papier suffit-elle pour ne pas se perdre à jamais, avant même d’avoir pu se connaître vraiment ? Bientôt, le compartiment no 6, qui abrite la naissance des sentiments, ce miracle, sera vide, puis occupé par d’autres gens… Voilà un irrésistible éloge de l’éphémère, de l’inconnu et du mouvement. Car si l’on voit finalement peu les gravures rupestres espérées, le chemin qui y mène est une récompense en soi, pour les personnages comme pour les spectateurs. L’héroïne, qui aime une fille au début, est donc troublée par un garçon, sans qu’aucune explication, aucun historique de ses préférences ne soient nécessaires. Aujourd’hui, on appelle cela la fluidité. Là réside la touche la plus contemporaine de cette ode à toutes les traversées, rythmée par le tube délicieusement anachronique (il date de 1987), et inattendu lui aussi, de la chanteuse française Desireless, Voyage, voyage…Télérama

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