De Denis Parrot
Documentaire - France - 2018 - VOST - 01h03

Coming Out

Une fraction de seconde. Quelques mots bredouillés. À nouveau cette peur au ventre. Violente, tenace. Depuis quelques années, de plus en plus de jeunes gays, lesbiennes, bi ou trans, dans le monde entier, ont décidé de faire leur coming out via des vidéos sur Internet. A travers un montage de vidéos bouleversantes postées sur le web par ces jeunes, COMING OUT nous fait vivre au plus près ce moment de basculement intime, et social, qu’est le coming out.

Partout, l’on dit que le monde change et que les adolescents d’aujourd’hui, totalement influencés par la culture de l’instantanéité et de l’image, ne ressemblent plus aux adultes qui les ont précédés. On va jusqu’à parler de rupture de société, alors que les mêmes adultes adhèrent au vœu d’une jeunesse infinie, en jouant les gamins éternels. En tout cas, s’il y a une chose qui ne change pas, c’est la difficulté pour un adolescent de s’admettre homosexuel, et de l’annoncer à sa famille. C’est toute l’ambition de ce documentaire que de retracer à partir de séquences tournées par les adolescents eux-mêmes, l’annonce de leur orientation sexuelle, soit en différé, soit directement auprès de leurs parents. Pari risqué car Coming Out aurait pu sombrer dans un empilement totalement indigeste de vidéos. Le metteur en scène, qui est monteur de profession, réussit parfaitement cette mise en abyme de visages juvéniles à travers le monde, où il est question des peurs de se mentir à soi et aux autres, de pertes d’identité, de douleur, de suicide, mais aussi de joie, d’amour et de confiance partagée. Les jeunes ont entre 12 et 25 ans, peut-être. Ils se filment souvent de face. Mais parfois, l’image refuse de montrer les visages. Les voix prennent la place des regards. Dans ces cas-là, on assiste à la violence de parents, qui, au nom de leurs croyances religieuses, rejettent brutalement leurs enfants, en leur prêtant une intention volontaire, le choix d’une sexualité contre leur propre famille. La violence qui se joue dans ces espaces familiaux est sourde et intense. On pense alors à ces millions de jeunes qui attentent à leur vie parce que la religion, la société, la politique rejettent ce qui est assimilé à une maladie ou une déviance. On pense à tous ceux qui ne vivront jamais leur sexualité, dans des pays conservateurs. Coming Out est un film de témoignages qui relève sans doute autant de l’autofiction pour le réalisateur, que de la volonté de dénoncer, sans crier, la violence des stéréotypes religieux et sociaux. Certes, le film pose des questions en matière d’esthétique cinématographique. S’agit-il d’un film de cinéma, ou plus simplement d’un montage de séquences vidéo, dont le réalisateur n’est même pas l’auteur ? La réponse se trouve dans l’intimité souvent émotionnellement très forte que ces jeunes gens donnent à voir, et l’on ressent le travail très long de relation, d’écoute, que le réalisateur a dû entreprendre pour bénéficier de leur confiance. Il y a aussi beaucoup de rires dans ce film. Les mères, et plus rarement les pères, y sont à l’honneur, témoignent que l’affection est plus forte que tout. Les jeunes n’imposent pas leur sexualité. Ils tentent de réconcilier des représentations du monde parfois très divergentes, avec leur propre destin qu’ils ont à vivre. Bref, Coming Out est un hymne à l’espoir et à l’amour. Avoir-alire

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