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Sortie nationale

De Yaron Shani avec Eran Naim, Stav Almagor, Stav Patai
Drame - Israël/Allemagne - 2019 - VOST - 1h52

Chained

Rashi est un policier consciencieux qui met toute son énergie à rétablir la justice dans les rues de Tel Aviv. Quand vient le soir, il retrouve la paix dans les bras d’Avigail, la femme qu’il aime et l’aime en retour. Jusqu’au jour où il est accusé à tort de bavure par ses supérieurs… Alors qu’il prépare sa défense face à un complot politique qui le dépasse, sa fille adolescente se rebelle de plus en plus. L’harmonie au sein de son couple y survivra-t-elle ?

Ce premier volet d’un diptyque sur un couple israélien s’attache à la masculinité toxique du mari. Le symptôme d’un malaise national ? Après Ajami, polar social (coréalisé en 2009 avec Scandar Copti) qui alternait les points de vue israélien et palestinien, Yaron Shani continue de varier les regards, mais cette fois en fonction du genre de ses personnages. Ainsi, Chained colle aux basques d’un homme, Rashi, flic revêche mais consciencieux, sûr de son bon droit et persuadé qu’il aime d’autant mieux sa femme qu’il lui impose sa loi. Son cheminement à elle, Avigail, est au cœur de Beloved, en salles la semaine prochaine. Tant par sa forme que par les sujets abordés, Chained est bien plus que la chronique d’une domination conjugale. Selon une approche documentaire radicale — les acteurs, qui n’ont jamais eu le scénario entre les mains, sont des non-professionnels dont l’histoire personnelle est très proche de celle de leurs personnages —, le cinéaste porte une lumière crue sur la masculinité toxique, très présente en Israël. Un pays forgé dans la violence du mythe viriliste de Samson et habitué à affirmer son existence par la démonstration de force permanente. Yaron Shani fait de nous les témoins d’une dérive : accusé d’avoir sexuellement agressé des jeunes gens lors d’une fouille, Rashi glisse peu à peu de l’autorité que lui confère son métier de gardien de la paix à l’autoritarisme du tyran domestique. En témoignent les éprouvantes scènes de confrontation avec sa belle-fille, adolescente. Entre les deux, Avigail tente de s’interposer et prend des coups. Emprise, usure psychologique, intimidations… La sensation que la situation peut déraper à tout moment rend l’atmosphère suffocante. Souvent filmé en gros plan ou en contre-plongée, le corps de Rashi semble de plus en plus imposant, comme une menace potentielle derrière l’apparence du gros nounours. Au fur et à mesure que le délitement de sa vie professionnelle et familiale le fragilise, l’homme se mue en masse brute, opposant sa violence à la complexité du monde. On sort de Chained profondément secoué, et loin des stéréotypes sur ce que doit ou non être un homme. Télérama

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