RencontreLes inclassables
De Stephen Sayadian avec Andy Nichols, Paul McGibboney, Michelle Bauer, Marie Sharp, Tantala Ray
Erotique
Science-Fiction - Etats-Unis - 1982 - VOST - 1h11
Café Flesh
Dans un futur proche, l’humanité est divisée entre les Négatifs et les Positifs. Incapable de faire l'amour sans être atteints de nausées, les Négatifs se rendent au café Flesh pour voir les Positifs copuler.
Rencontre avec Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne et des Hallucinations Collectives de Lyon.
Interdit aux moins de 18 ans
Véritable OFNI dans l'histoire du cinéma et œuvre cultissime à l'instar d'un Rocky Horror Picture Show (1975) de Jim Sharman, Café Flesh (1982) de Stephen Sayadian associe à la fois comédie musicale, pornographie, science-fiction post-apocalyptique le tout en un huis clos qui peut se lire comme une partition musicale avec ses morceaux et ses refrains. D'ailleurs, le réalisateur a donné un soin tout particulier à la composition musicale originale confiée à Mitchell Froom qui associe les années 1950 aux années 1980 dans un esprit résolument punk. Chaque nouvelle scène chorégraphique à la sexualité explicite dispose ainsi de son propre décors à l'imagination folle rappelant en condensé les propositions de Busby Berkeley, tandis que l'enfermement en huis clos avec un maître de cérémonie à l'interprétation expressionniste poursuit l'exploration cinématographique d'un Bob Fosse. Stephen Sayadian n'a d'autre ambition provocatrice que de réaliser un film anti-pornographique avec la complicité à l'écriture de Jerry Stahl, faisant des scènes à la sexualité explicite, une relecture critique des standards de la pornographie où tout devient mécanique dans les gestes attendus et les rôles, alors que le plaisir et la jouissance ne sont jamais reflétés sur les visages des interprètes qui réalisent alors une performance brechtienne de l'acte sexuel : l'action est représentée et donnée au regard sans faire naître un personnage. Les scènes sont mises en dialogue avec le public des Négatifs, qui représentent les 99% de l'humanité dans ce monde post-apocalyptique et ne peut avoir de sexualité sans s'autodétruire. Le contexte évoque ainsi dans les années 1980 les ravages de l'épidémie de SIDA qui vont transformer les réjouissances émancipatrices de la sexualité débridée au cours des années 1970 en tragique menace de mort. Sans oublier que cette mise en scène de la pornographie est une métaphore de la commercialisation de la représentation sexuelle dans l'industrie pornographique qui impose des standards mécaniques dans le cinéma pour adultes en tuant toute liberté de création que développe au contraire Stephen Sayadian dans une effervescence explosive. Avec cette présence du public résumé à des visages tristes, c'est bien le public des films pornos qui est invité directement à prendre conscience de lui-même face un spectacle résolument voyeuriste où plusieurs idéologies sont notamment exploitées, de la femme soumise abrutie par des gestes mécaniques au foyer comme des secrétaires dans le même état lobotomisé au bureau. Médiapart
