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De Pamela B. Green avec Jodie Foster, Richard Abel, Marc Abraham, Stephanie Allain, Gillian Armstrong
Documentaire - Etats-Unis - 2019 - VOST - 1h42

Be natural, l'histoire cachée d'Alice Guy-Blaché

Première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, Alice Guy est le sujet d’un documentaire mené tambour battant telle une enquête visant à faire (re)connaître la cinéaste et son œuvre de par le monde.

Précédé du court métrage Making an american citizen d’Alice Guy-Blaché (1912, 13’)

A écouter : Il était une femme (France Inter) : Alice Guy, la pionnière du cinéma parlant

L’un de ses derniers films, en 1916, s’intitule « Que diront les gens ? ». Eh bien, ils n’en diront rien justement. Pour une bonne raison : la réalisatrice française Alice Guy est un fantôme. Elle a été effacée. Première cinéaste de l’Histoire, elle a pourtant signé plus d’une centaine de titres, a fait carrière en France et aux Etats-Unis, puis a disparu de la mémoire collective, sauf à la Cinémathèque française, où son film le plus connu, « la Fée aux choux » (1896), était projeté dans les années 1960, à la séance de minuit. Aujourd’hui, le documentaire de Pamela B. Green, commenté par Jodie Foster, nous fait redécouvrir, avec entrain, un personnage extraordinaire. Deux interviews (enregistrées en 1957 et 1964, retrouvées et restaurées) présentent une vieille dame élégante, dont les souvenirs, mis en images, sont précieux. Alice Guy a assisté aux balbutiements du cinématographe des frères Lumière – elle était la secrétaire de Léon Gaumont, donc aux premières loges. Dès 1900, tandis que son patron se voue à la vente des machines, Alice Guy, elle, collabore avec les grands noms de la préhistoire du cinéma, Ferdinand Zecca, Louis Feuillade, et se met à la « phonoscène » (comprenez, la mise en scène). Dès 1896, elle aborde tous les genres : comédie, drame, aventure, mélo, récit biblique, érotisme, danse, mythologie, fait divers, sketchs, western, et utilise une grammaire nouvelle, gros plan, couleur, sonorisation (à l’époque du muet). Les titres, à eux seuls, donnent le tournis : « Faust et Méphistophélès », « Pierrot assassin », « la Polka des trottins », « le Matelas épileptique », « la Course à la saucisse », « la Glu », « le Puits et le Pendule », « House of Cards » (oui !)… Il y a même au catalogue un « Fanfan la Tulipe » daté de 1907 ! Mariée à Herbert Blaché, opérateur Gaumont, Alice Guy s’installe aux Etats-Unis, fonde son propre studio près de New York, emploie les stars de l’époque (Olga Petrova, Bessie Love, Doris Kenyon), et tourne, tourne, tourne, avec un seul mot d’ordre envers ses comédiens : « Be natural. » Son mari la quitte, le cinéma migre vers Hollywood, le goût change. Rideau. Dans son documentaire, Pamela B. Green retrace les étapes d’une résurrection ardue, car la plupart des films de la période 1900-1910 ont disparu. Alice Guy est morte en 1968, dans le New Jersey, à 94 ans. Après un dernier film, « Vampire », en 1920, elle n’a plus jamais touché une caméra. Le nouvel Obs

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