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Rencontre

De Pamela B. Green avec Jodie Foster, Richard Abel, Marc Abraham, Stephanie Allain, Gillian Armstrong
Documentaire - Etats-unis - 2019 - VOST - 1h43

Be natural, l'histoire cachée d'Alice Guy-Blaché

Première femme réalisatrice, productrice et directrice de studio de l’histoire du cinéma, Alice Guy est le sujet d’un documentaire mené tambour battant telle une enquête visant à faire (re)connaître la cinéaste et son œuvre de par le monde.

A 17h : Conférence avec Catel Muller et José-Louis Bocquet à l'occasion de la sortie de leur roman graphique, Alice Guy, proposée par Tribulles , suivie d'un verre de l'amitié.

A 18h30 : Projection du film . En partenariat avec la librairie Tribulles Canal BD.

Première femme réalisatrice, scénariste, productrice et directrice de studios de l’histoire du 7e art, Alice Guy-Blaché (1873-1968) mérite, à bien des égards, son titre de pionnière du cinéma. Une pionnière de génie dont l’œuvre considérable et inspirante pour certains réalisateurs, comme Eisenstein et Hitchcock, est pourtant demeurée hors des radars, méconnue de la majorité des professionnels, ignorée des revues et des catalogues de cinéma durant près d’un siècle. Une disparition aussi injuste que mystérieuse, à laquelle la documentariste américaine Pamela B. Green a consacré huit ans de recherches. Be Natural retrace ce long travail d’enquête dont la vocation est autant de ressusciter une vie oubliée que d’élucider les raisons de son effacement. Passionnant et dense sur le fond, plaisamment pédagogique sur la forme, le film tire vertu de ces deux objectifs dont la conduite, menée conjointement, apporte ses corrections, par la levée d’un déni, à l’histoire du cinéma. Saint-Mandé (Val-de-Marne) sous le nom d’Alice Guy, qui, à l’âge de 21 ans, commence sa carrière comme secrétaire au service de Léon Gaumont, employé alors au Comptoir général de la photographie, dont il devient le propriétaire en 1895. L’année même où, avec Alice, il assiste à la première projection privée des frères Lumière et prend conscience de l’importance de ce nouveau procédé. Léon Gaumont veut vendre des appareils de projection de vues animées, tandis qu’Alice lui propose de créer des films courts, convaincue que cette technique peut servir des histoires, et pas seulement enregistrer des scènes du quotidien. Gaumont accepte. Un millier de films en vingt ans Dès 1896, la jeune fille réalise La Fée aux choux, soit une minute de fiction durant laquelle on voit une fée extraire des nourrissons de choux en carton. D’une énergie et d’une détermination hors du commun, créatrice et entrepreneuse, Alice Guy ne s’arrêtera plus, parvenant à écrire, à réaliser et à produire un millier de films en vingt ans. Elle supervise, bricole, invente, participe à toutes les innovations comme la colorisation et le son synchronisé, s’aventure dans tous les genres. Le drame, la comédie, le clip musical, le western (dans lequel elle accorde une place importante aux femmes)… jusqu’au péplum avec La Vie du Christ (1906), considéré comme son chef-d’œuvre. Un film de trente-cinq minutes composé de vingt-cinq tableaux, dont un rassemble trois cents figurants. Du jamais-vu ! L’esprit malicieux, Alice Guy se plaît aussi à transgresser les bonnes mœurs, comme elle le fait, avec hardiesse, dans Madame a des envies, Les Résultats du féminisme (pour mieux se moquer, elle inverse les rôles entre les femmes et les hommes) ou Le Matelas épileptique. Rien ne l’arrête, ni la concurrence masculine (George Méliès, Ferdinand Zecca, Edwin S. Porter, Thomas Edison), ni les difficultés que lui oppose le matériel de l’époque. Pas même son départ pour les Etats-Unis où elle suit son mari, épousé en 1907, le réalisateur Herbert Blaché dont le nom sera désormais accolé au sien. Au contraire, à New York où le couple s’est installé, Alice, qui ne parle pas bien l’anglais, se fait entendre. Elle crée ses propres studios, Solax, à Fort Lee (New Jersey), les plus importants des Etats-Unis avant la naissance d’Hollywood, et continue de tourner des films qui abordent tous les thèmes, l’antisémitisme, l’immigration et les luttes sociales. Elle peaufine ses techniques d’écriture, de mise en scène et de direction d’acteur à qui elle demande d’« être naturels » (le titre du documentaire). Une révolution en ce début du siècle. Après un divorce et l’incendie de ses studios, Alice revient au tout début des années 1920 en France où l’industrie du cinéma, « qu’elle a contribué à créer », ainsi que le soulignera plus tard Martin Scorsese, l’a oubliée. Jusqu’à sa mort, en 1968, elle restera ignorée de la profession, certains grands critiques, directeurs de cinémathèque et ouvrages sur l’histoire du cinéma passant sous silence son œuvre ou l’attribuant à d’autres, réalisateurs ou assistants qu’elle a employés, comme Feuillade. Alice Guy consacrera le restant de sa vie à tenter de faire valoir ses droits, de récupérer ses films perdus, éparpillés, décomposés, et à écrire ses Mémoires dont aucun éditeur ne voudra. Son Autobiographie d’une pionnière du cinéma paraîtra à titre posthume chez Denoël/Gonthier, en 1976. Le film de Pamela B. Green déterre aujourd’hui cette cinéaste dont l’histoire renaît par la voix de Jodie Foster et se (re) construit au fil des archives, des témoignages (anciens et contemporains), des extraits de films et de deux entretiens qu’Alice Guy accorda, en 1964, à la télévision française. Une matière abondante que met en scène sans pesanteur et avec un brin de suspense ce remarquable documentaire. Le Monde

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