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Sortie nationale

De Pema Tseden avec Sonam Wangmo, Jinpa, Yangshik Tso, Konchok, Dudul, Druklha Dorje, Palden Nyima, Kunde, Dechen Yangzom, Kangchen Tsering
Comédie Dramatique - Tibet/Chine - 2019 - VOST - 1h42

Balloon

Au cœur des étendues tibétaines, Drolkar et son mari élèvent des brebis, tout en veillant sur leurs trois fils. En réaction à la politique de l’enfant unique imposée par Pékin, elle s’initie en secret à la contraception, pratique taboue dans cette communauté traditionnelle. La maigre réserve de préservatifs qu’elle se procure au compte-gouttes devient alors son bien le plus précieux. Le jour où elle surprend ses enfants en train de jouer dehors avec les « ballons » volés sous son oreiller, Drolkar sait aussitôt qu’elle va devoir tout affronter : les reproches des aînés, le poids de la tradition, le regard des hommes. Et une naissance à venir…

L’un des grands plaisirs que peut offrir le cinéma est de faire voyager – plaisir d’autant plus précieux quand la crise sanitaire limite drastiquement l’accès aux destinations lointaines. Avec Balloon, l’exotisme est maximal, puisque c’est au Tibet que nous transporte cette chronique émouvante mais pleine d’humour, contemplative mais non dénuée d’action, ancrée dans son territoire si singulier mais universelle par son propos sur le poids de la religion et la condition féminine. Drolkar et son mari Dargye élèvent des brebis sur les hauts plateaux. Ils ont trois enfants, le maximum autorisé par les autorités chinoises pour les paysans tibétains, sous peine de forte amende. Problème : le maigre stock de préservatifs du couple, constitué en toute discrétion tant la contraception est mal vue dans leur communauté, attachée aux traditions, est pillé par leurs deux petits garçons, qui s’en servent en toute innocence comme jouets, puis comme monnaie d’échange. Il y a une dimension documentaire quasi ethnologique dans cette évocation de la vie et des jours – des saillies du bélier aux rites bouddhistes, ou encore du marchandage lors de la vente des bêtes aux débats sur la réincarnation. Mais sans négliger la fiction, ni la poésie. Dès la première séquence, filmée à travers le « filtre » légèrement flou d’une capote gonflée tel un ballon, le réalisateur Pema Tseden multiplie les références visuelles à la myopie, symbole, ici, de la distance et de l’incompréhension entre les êtres, entre les générations, entre les sexes. Avant de donner la meilleure part de son récit à deux beaux portraits de femmes : Drolkar, bien sûr, l’épouse pas si soumise, et sa sœur Shangchu, devenue nonne à la suite d’une blessure amoureuse dont elle ne guérira sans doute jamais. Télérama

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