Sortie nationale

De ND avec ND
Drame - France - 2016 -

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Entre Europe et Afrique, un voyage poignant sur la solitude et le déracinement en compagnie d’un duo de comédiens à la justesse émouvante. Notre avis : Ex technicien de cinéma, Philippe Faucon passe à la réalisation en 1989 avec L’amour qui relate les premières amours d’une bande d’adolescents en région parisienne et remporte le Prix Perspective du Cinéma Français au Festival de Cannes. Après quelques téléfilms pour Arte, il consacre l’ensemble de son œuvre à un thème qui ne le quittera plus : celui de l’immigration. Ainsi, après Samia, chronique d’une jeune fille qui cherche à s’affranchir du poids d’une famille algérienne trop traditionaliste, puis Fatima (César du Meilleur Film en 2016) , portrait d’une mère qui se sacrifie pour offrir un avenir plus sûr à ses filles, il se penche maintenant avec une rare délicatesse sur la solitude de ces travailleurs venus exécuter quelques travaux ingrats sur notre territoire dans l’espoir d’assurer une vie meilleure à leur famille restée au pays. Au-delà de tout discours autour de la vague migratoire de populations contraintes d’affronter une mer ogresse pour tenter de se mettre à l’abri de conflits de tous ordres, il dresse, avec la précision d’un artisan-ciseleur, le portrait magnifique d’un homme tout de droiture et de dignité qu’il entoure d’une multitude de destins confrontés à cette douleur de l’isolement. Car le cinéma de P. Faucon ne se résume pas qu’à l’observation de faits de société. Avec une sincérité désarmante, il pose un regard infiniment respectueux sur chacun de ses personnages et en découvre à petites doses l’unicité. Les corps, les gestes, les visages, les regards expriment bien plus que les rares paroles de ceux qui, entre besognes épuisantes et contrats à la limite de la légalité, sont condamnés à l’invisibilité et au silence. Amin et ses frères de galère vivent éternellement partagés entre deux continents, deux vies, deux cultures. Pendant que le doux Abdelaziz, le plus âgé de tous, exploité par des chefs sans foi ni loi, se débat entre ses enfants d’ici qui ne connaissent même pas le Maroc natal de leur père et sa famille de là-bas qui désormais le rejette, l’apparente sérénité du film soutenue par une mise en scène qui esquive toute dramatisation se met au diapason du personnage d’Amin, (l’impressionnant et charismatique Moustapha Mbengue aussi touchant dans la retenue que dans la découverte du bonheur). Ce taiseux et discret en France, devient solaire dès qu’il revient chez lui même si les retrouvailles avec sa femme avec qui il vit « en décalé » et des enfants qu’il ne voit pas grandir ne sont pas simples. Fort d’une rayonnante humanité, le récit s’articule entre pays d’accueil et pays d’origine et nous confronte directement aux difficultés d’Aïcha, la femme d ’Amin. Elle se rebelle contre la soumission que veut lui imposer sa belle-famille qui estime qu’elle est incapable de se débrouiller seule et profite de la situation pour s’instaurer avec autorité chef de chantier dès qu’il s’agit de surveiller les travaux d’une maison financés par l’argent qu’Amin rapporte (caché dans ses chaussettes pour éviter tout problème douanier lors de ses voyages en avion) et tord ainsi le cou aux clichés sur la résignation des femmes africaines. Un cut immédiat nous ramène en France où, dans sa vie de contraintes, Amin bénéficie enfin d’une parenthèse de douceur. Alors qu’il effectue des travaux chez elle, il rencontre Gabrielle (Emmanuelle Devos éclatante d’authenticité), une jeune femme apparemment libre et assurément dénuée de tout à priori avec qui il entame une liaison amoureuse. Tout juste divorcée, elle vit seule quotidiennement harcelée par un ex-mari malveillant qui dresse leur fille contre elle à coup de menaces et de propos racistes. Ces deux-là mettent en commun leurs déserts affectifs et tout en nous offrant des images d’une belle sensualité pudique apprennent à se réchauffer le corps et le cœur. Grâce à un style épuré qui ne laisse aucune place au sensationnalisme, Philippe Faucon réussit une une œuvre d’une sensibilité et d’une cohérence remarquables. Maître de l’émotion judicieusement distillée, il parvient sans peine à nous sensibiliser au sort de ces exilés de la vie quels qu’ils soient. Avoir-alire

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