/ Rencontre

De Milko Lazarov avec Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova, Galina Tikhonova, Sergei Egorov, Afanasiy Klaev
Drame - Bulgarie/Allemagne/France - 2018 - VOST - 01h36

Ága

La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple de Iakoutes. Ils perçoivent des changements tangibles dans le rythme séculaire qui ordonnait jusqu’à présent leur vie et celles de leurs ancêtres : les prises de pêche s’amoindrissent, des animaux meurent sans raison apparente, les glaces fondent, les avions et les bateaux sont de plus en plus nombreux...

Rencontre le samedi 2 février à 17h30 avec Karen Hoffmann-Schickel, ethnologue et auteur jeune public

Dans un décor à la blancheur sereine, on assiste entre mélancolie et résignation à la lente et inéluctable disparition d’un mode de vie désormais révolu. Un paysage immaculé, où ciel et terre se confondent. Dans ce coin de Sibérie réputé pour être l’un des plus froids de la planète, aucune trace de vie animale ou humaine ne semble possible. Pourtant, voilà que l’on découvre un vieil homme emmitouflé de peaux de bêtes perçant la glace avec difficulté pour trouver de l’eau potable pendant que sa femme, restée près de la yourte, tanne les peaux et en fait des vêtements. Six après Aliénation, le réalisateur bulgare Milko Lazarov, épris de grands espaces et de découvertes, consacre son deuxième long-métrage à la description de la vie toute d’humilité et d’isolement d’un vieux couple de nomades et signe une histoire d’amour à la singularité émouvante en même temps qu’il rend hommage au chef-d’œuvre Nanouk l’esquimau, de Robert J. Flaherty, documentaire sorti en 1922. C’est d’ailleurs cette forme très documentée qu’adopte le film, au moins dans sa première partie, qui se concentre sur les tâches répétitives nécessaires à la survie dans ces contrées glaciaires que nombre d’habitants ont depuis quelques années désertées. Il faut dire que le gibier se fait de plus en plus rare et que la glace fond de plus en plus tôt, compliquant davantage chaque jour une existence déjà précaire. S’il est impossible de rester insensible aux plans serrés de ce chien au pelage soyeux et au regard doux, tout à la fois indispensable outil de travail et fidèle compagnon de solitude, si l’on ne peut que s’extasier sur la magnificence de ces étendues vierges inconnues qu’un procédé technique visant à restituer l’image dans un format étiré au maximum nous rend encore plus proches, l’amorce d’une chronique familiale, sur fond de confrontation entre modernisme et tradition, nous fait entrer de plain-pied dans la fiction et apporte un chaleureux élan à ce récit jusqu’alors essentiellement contemplatif. S’il reste avare de mots, il essaime sa trajectoire de détails subtilement suggérés pour nous amener sans violence aux portes d’un dénouement programmé. Car si Nanouk (Mikhail Aprosimov) et Sedna (Feodosia Tikhonova) ne se plaignent jamais, ils ont bien conscience que leur civilisation vacille et qu’eux-mêmes sont en bout de course. Leurs enfants ont renoncé à vivre comme eux et se sont installés à la ville. Ils en ont longtemps voulu à Aga, leur fille, qu’ils n’ont plus revue depuis qu’elle est partie travailler dans une mine de diamants. Alors que leurs jours sont comptés, ils n’ont désormais d’autre objectif que de lui signifier leur approbation sur un choix dont ils comprennent aujourd’hui les raisons. Leur fils Chena (Sergey Egorov), un jeune homme fringant, vient parfois leur rendre visite. Arrivé sur une moto-neige qui laisse quelques traces sur une neige jusqu’alors impeccable, il ne reste que le temps de leur donner quelques nouvelles de sa sœur, de leur apporter le carburant nécessaire à l’alimentation de leurs lampes d’éclairage et surtout d’arborer avec fierté une dentition parfaite due au talent du praticien de la ville tandis que sa mère, de son côté, ne dispose que d’onguents à l’efficacité incertaine pour lutter contre le mal qui la ronge. Pendant qu’au-dessus de leurs têtes, des avions laissent des traces éphémères, ces deux oubliés du monde se nourrissent de contes ancestraux et nous renseignent sur leur cheminement intérieur, entre mythe et réalité. Finalement, les images aériennes de la mine, blessure béante au cœur d’une nature sacrifiée, rassemblent l’émotion discrètement parsemée tout au long de cette fable aussi simple que puissante que la 5ème symphonie de Mahler couronne d’une ultime note de nostalgie. Avoir-alire

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