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Les inclassables

De Jean-Pierre Mocky avec Michel Serrault, Carole Laure, Eddy Mitchell, Laurent Malet, Claude Brosset
Drame - France - 1983 - VF - 1h22

A mort l'arbitre !

Lors d'un match de coupe d'Europe, Maurice Bruno, l'arbitre, siffle un penalty qui fait perdre l'équipe locale. Furieux, les supporters décident de pourchasser Maurice et sa fiancée Martine afin de se venger. De chantages en traque effrénée, l'embrasement collectif, aveugle et meurtrier déferle sur la ville. L'inspecteur Granowski est chargé de calmer les esprits mais ne peut empêcher le drame.

Rencontre avec Eric Peretti, programmateur du LUFF de Lausanne et des Hallucinations collectives de Lyon le vendredi 16 septembre  à 20h30

Comme toujours chez Mocky, le grand n’importe quoi côtoie le très réussi, pour configurer ce qu’on appelle un cinéma foutraque, qui ne donne pas toujours l’impression de savoir où aller, mais y va avec la finesse d’un bulldozer. On fait évidemment allusion à la fin brutale et inattendue, précédée d’une longue parenthèse sentimentale, totalement inutile et improbable (le film est émaillé de vrais temps morts) : comment peut-on imaginer que deux êtres contraints à fuir une horde de supporters sauvages, puissent interrompre leur course éperdue, pour échanger des mots doux, en parlant quasiment des prochaines vacances ? Sinon, l’histoire fait froid dans le dos et le propos n’a rien perdu de sa pertinence : un an après ce long métrage, des hooligans provoquaient la catastrophe du Heysel. Et l’on sait qu’après la Coupe du monde 94, un joueur colombien a payé de sa vie un but contre son camp. Les passions qu’exacerbe le football peuvent engendrer le pire et c’est ici une chasse à l’homme implacable que met en scène A mort l’arbitre, tourné en grande partie à Rouen. Les dédales du centre Saint-Sever sont d’ailleurs très bien exploités, pour dissimuler la menace, la rendre présente dans les moindres recoins. Le film doit évidemment beaucoup à la prestation de Michel Serrault, que l’affiche met en valeur, et qui joue un beauf absolument glaçant, dont le désir de vengeance ne connaît aucune limite. En revanche, Mitchell et Laure sont beaucoup moins convaincants, récitant leur texte ou surjouant leurs émotions. Certaines scènes ont même l’air d’échauffements. ll est absolument improbable qu’un réalisateur ait pu valider des séquences aussi outrées, auxquelles les comédiens ne semblent pas croire eux-mêmes. Bref, c’est du Mocky, parfois en roue libre, qui s’octroie un rôle inutile de flic bavard et vaguement macho, qu’on croirait issu d’un film d’Audiard. C’est dommage, parce qu’à d’autres moments, jouant avec des tonalités sombres ou bleutées, saisissant les variations d’une lumière menacée par les ombres, A mort l’arbitre retrouve la matière du cinéma expressionniste, flirte avec une forme de fantastique, qui renvoie au méconnu Litan, du même réalisateur. Avoir-alire

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