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Les RDV d'ATTAC et de la LDH

De Basile Carré-Agostini avec Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon
Documentaire - France - 2022 - VF - 1h32

A demain mon amour

Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues de la grande bourgeoisie, passent beaucoup de temps dans leur pavillon fleuri de banlieue parisienne. Ils s’aiment depuis plus de 50 ans, ont une retraite confortable dont ils pourraient profiter paisiblement. Mais, comme ils sont un peu dingues et sensibles à l’injustice, ils ont décidé d’accélérer leur combat contre le système capitaliste planétaire.

Rencontre avec ATTAC et la Ligue des Droits de l'Homme.

Cachée sous une chevelure abondante, la parole facile, ce petit bout de femme qu’est Monique Pinçon-Charlot, fille d’un homme autoritaire et froid (procureur du tribunal de Mende de 1944à 1963) qui lui a laissé en héritage le goût de la rébellion et l’envie de disséquer l’âme de cette bourgeoisie dont elle est issue, se passionne, s’indigne, rêve de bataille et de révolution. Michel Pinçon, à la silhouette longiligne et au regard rêveur, est né dans une famille d’ouvriers. Il temporise, soupèse, parle peu et écoute beaucoup. Leur désir commun de débusquer les injustices sociales balaie leurs différences et les réunit civilement et professionnellement. Durant presque quarante ans, ils travaillent ensemble d’abord en tant que chercheurs à l’IRESCO (Institut de recherche sur les sociétés contemporaines), puis deviennent directeurs de recherche au CNRS. Ils concentrent leurs travaux sur l’étude de la haute bourgeoisie et publient de nombreux ouvrages dans lesquels ils livrent une observation détaillée des pratiques, des rites et de la culture de l’entre-soi et de la transmission de ces castes fortunées, essentiellement parisiennes. Aujourd’hui à la retraite, ils s’autorisent à sortir de la réserve que leur position leur imposait. Leur livre Le président des riches sur l’oligarchie de la France de Nicolas Sarkozy fait d’eux des personnages publics. Bien loin de la désillusion ambiante et de l’accueil méfiant que leur accorde désormais cette bourgeoisie qu’ils ont tant approchée, ils sont, à plus de soixante-quinze ans, plus combatifs que jamais contre les abus du capitalisme. Une énergie à résister au rouleur compresseur du monde moderne qui fascine Basile Carré-Agostini, homme-orchestre cinématographique (il est à la fois réalisateur de documentaires, chef opérateur, monteur et producteur). Comprenant rapidement que leur force de résistance puise sa source dans l’intimité et la solidarité de leur couple, il opte pour l’exercice du portrait intimiste. Démarré avant l’élection d’Emmanuel Macron dont le couple pressent qu’elle va précipiter la fracture entre les classes sociales, le tournage couvre tout le quinquennat. Du lit conjugal où ils écoutent et commentent les dernières infos à une rencontre avenue Montaigne avec une classe de collégiens venus de banlieue à qui ils enseignent l’art de ne pas se laisser impressionner par la rutilance des boutiques du quartier et l’arrogance de ceux qui les fréquentent, la caméra témoigne de l’esprit frondeur qui inlassablement anime nos routards de la justice. Main dans la main, ces amoureux de la vie qui puisent leur force au contact des frémissements de la société, quittent leur confortable pavillon de banlieue pour soutenir des ouvriers dont l’usine est menacée de fermeture. Un peu plus tard, ils ne craignent pas de se mêler, malgré le danger, à la foule des Gilets jaunes, au plus près du cœur battant de ce monde qu’ils n’en finissent pas d’explorer. On les retrouve à la Fête de l’Humanité, en compagnie de quelques personnalités politiques, toujours mus par une foi et une complicité que même les conditions spartiates d’accueil (on s’attendrit à les voir s’entraider à s’asseoir à même le sol) n’entament pas. Au delà de la sincérité de leur engagement politique, le réalisateur s’attache à saisir avec tendresse la part d’humanité qui se dévoile à travers leur goût du travail commun et leur volonté à prôner la solidarité là où l’individualisme a pris l’habitude de s’imposer. Si la contradiction arrive de la part d’un chauffeur de taxi d’une lucidité implacable, elle n’entame pas la conviction de nos incorrigibles rêveurs qui militent pour une révolution permettant aux générations futures d’avoir accès aux bonheurs qu’eux-mêmes ont connus. Et puisque l’espoir fait vivre, dit-on, on a envie qu’ils aient raison ! A voir à Lire

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