Programmation du 18 octobre au 28 novembre





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    Du 25 octobre au 14 novembre

    corps et âme/ a testrol és lélekrôl

    de Ildiko Enyedi

    avec Alexandra Borbély, Morcsányi Géza, Zoltán Schneider

    Drame – Hongrie – 2017 – VOST – 1h56

    Dans un abattoir, Endre, directeur financier, est intrigué par l’arrivée d’une employée, la nouvelle contrôleuse de qualité Marika. Elle ne se mêle pas aux autres et ses manières de travail, tout comme sa façon de s’exprimer, laissent supposer une grande rigidité d’esprit et de coeur. Suite à un vol dans l’armoire à pharmacie de l’entreprise, la police préconise une évaluation psychologique généralisée. Lors de la question sur les rêves faits par les personnes interrogées la nuit précédant l’entretien, les réponses de Marika et d’Endre présentes de troublantes similitudes.

    Voici un film original et étonnant. La mise en scène est absolument fabuleuse, pleine d’inventivités, le scénario parfaitement écrit. L’atmosphère glaciale, l’attitude robotique de Marika, sont contrebalancés par des pointes d’humour ou des revirements surprenants et bienvenus.

    «Une histoire d’amour à la fois poétique et grinçante, dans le décor d’un abattoir où le directeur financier s’éprend de la nouvelle contrôleuse qualité, chargée d’étiqueter de la viande aussi froide qu’elle.» Télérama

    Avec patience, pugnacité et douceur, la réalisatrice hongroise Ildiko Enyedi narre la rencontre et l’amour naissant de deux êtres complexes, marginaux malgré eux. Une belle réussite.
    Le film s’ouvre sur une forêt enneigée. Des arbres sombres barrent l’écran comme les barreaux d’une prison, découpant l’image en de multiples petits cadres. Un cerf vient gratter la neige à la recherche de nourriture. A quelques mètres de lui, une biche tente aussi de brouter sans vraiment y arriver. Le dispositif de mise en scène de Corps et âme est en place dès la première séquence. Dès la première image. Corps et âme est l’histoire de deux personnages : un homme et une femme. Endre et Maria, respectivement directeur financier et nouvelle responsable qualité d’un abattoir de bovins. Solitaires, prisonniers de leurs handicaps physique et mental (l’un souffre d’une paralysie du bras gauche, l’autre d’une forme d’autisme troublante), ils semblent condamnés à rester simples spectateurs de leurs vies, comme l’étranger de Camus.
    C’est en tout cas ce que tend à signifier la réalisation d’Ildiko Enyedi, aux partis pris esthétiques tenus et assumés, jouant sur de nombreux sur-cadrages et une très faible profondeur de champ pour signifier l’isolement et la détresse silencieuse des deux héros qui, chaque nuit, se retrouvent en rêve mais peinent à se retrouver ensuite au réveil.
    À la cantine, les regards de Maria et Endre se croisent. Quelques mots sont échangés – mais quelques mots seulement. Le jeu de séduction commence. Comment être aimé d’une femme si froide, si distante ? Comment être aimée d’un homme qui semble avoir baissé les bras, avoir perdu le goût de l’amour en même temps que sa motricité ? Il est vrai que bien que très professionnelle, Maria est peu chaleureuse avec ses collègues. Quant à Endre, son derrière enfoncé dans un fauteuil derrière son bureau, il semble mieux disposé à regarder par la fenêtre qu’à surveiller le bon fonctionnement de l’abattoir.
    Parfait. Si ces deux-là ne sont pas disposés à marcher l’un vers l’autre, l’entreprise dans laquelle ils travaillent et les hasards du destin se chargeront de les réunir. Ildiko Enyedi use alors de tous les stratagèmes scénaristiques pour tenter de réunir ses deux protagonistes : un bref déjeuner partagé ensemble au réfectoire, une fuite de poudre aphrodisiaque dans la nourriture des employés, un petit café en tout bien tout honneur. Rien n’y fait, et ce malgré un rythme lent et une photographie et un montage très doux.
    Endre et Maria se parlent, se regardent, tombent amoureux l’un de l’autre en silence, mais ne se touchent pas, n’échangent pas même une poignée de main strictement professionnelle. Et pourtant, leurs mains sont plus expressives que leurs bouches. Toutes leurs émotions, tous leurs sentiments, passent par elles. Deux séquences magnifiques montrent Maria, seule chez elle le soir, reproduisant les brèves conversations qu’elle a eue dans la journée avec Endre : d’abord avec une salière et une poivrière, puis avec des jouets Playmobil. Sa voix parle en hors-champ tandis que seules ses mains se meuvent dans le cadre. Endre peine à se faire un sandwich avec sa main valide mais parvient à porter deux tasses de café pour passer un moment agréable avec Maria, jusqu’à l’inviter dans son restaurant préféré. L’appel du toucher, de la caresse, se fait de plus en plus sentir au fur et à mesure que progresse l’intrigue.
    Mais le toucher n’est pas le seul sens à avoir une place de choix dans le film d’Enyedi : si beaucoup d’émotions et de sentiments passent par les mains, il en passe aussi beaucoup par les oreilles. Alors qu’elle sent son amour pour Endre grandir en elle, Maria s’offre pour la première fois un téléphone portable, pour garder contact avec lui, découvre la musique, apprend à être plus féminine, s’ouvre peu à peu au monde, portée par les sentiments pudiques mais bien réels d’un homme qui l’aime au-delà de sa différence. Et inversement proportionnelle : Endre réapprend à aimer, porté par une femme surprenante qui le tire hors de la banalité de son quotidien. Comme le cerf et la biche dans les forêts enneigées.
    Un beau plaidoyer cinématographique, autant pour le droit à l’amour que pour le droit à la différence. Avoir-alire

    Ours d’Or Berlin 2017

    Repas : Goulash le 28 octobre à 19h30 = 8 euros sur réservation au 03 89 60 48 99 / cinebelair@wanadoo.fr avant le 26 octobre

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