Programmation du 18 octobre au 28 novembre





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    Du 18 octobre au 7 novembre

    la belle et la meute / aala kaf ifrit

    de Kaouther Ben Hania avec Mariam Al Ferjani, Ghanem Zrelli, Noomane Hamda
    Drame - Tunisie/France/Suède/Norvège/Liban/Qatar/Suisse - 2017 - VOST - 1h40

    Mariam est belle et insouciante. Pour une fête étudiante, cette jeune Tunisienne s’habille comme une bombe, prête à s’amuser avec ses copines, au milieu de jeunes hommes qui n’ont rien à redire devant cette liberté féminine. Mais quelques heures plus tard, voilà la jeune fille, débraillée, sans chaussures et sans sac, qui erre dans la rue, en état de choc. Mariam a été violée. Youssef, qui l’accompagne, la convainc de porter plainte. Commence une longue nuit de lutte, d’hôpital en commissariats, pour faire respecter ses droits…

    Il y a quelque chose des Accusés dans La Belle et la Meute. Une femme qui se fait violer, elle l’a bien cherché, avec sa robe courte. Quand les violeurs sont policiers et qu’on se trouve en Tunisie, où de nombreuses femmes sont voilées, le regard de la société se fait impitoyable. La caméra de Kaouther Ben Hania nous emmène au plus près de Mariam, nous sommes avec elle, impuissants face à l’injustice.


    Plongée violente et fascinante au royaume du machisme institutionnel.
    Même si l’action se situe dans la Tunisie actuelle, la réalisatrice tunisienne Kaouther Ben Hama s’attache à dénoncer davantage les diktats des états (quel qu’ils soient) que les conséquences du viol lui-même. Du documentaire à la fiction, son cinéma conserve toujours un lien fort avec la réalité sociale. En 2014 avec Le challat de Tunis elle s’attaque entre dérision et burlesque au machisme. Avec La belle et la meute inspirée du livre au titre évocateur « Coupable d’avoir été violée », elle intensifie d’un cran la lutte contre « la banalisation du mal » avec cette œuvre qui prend aux tripes.
    Mariam semble à peine sortie de l’enfance. Elle a un visage rond, de grands yeux rieurs. Ses amis et elle choisissent soigneusement leurs tenues pour aller à la fête où elles doivent retrouver des filles et des garçons de leur âge. Quelques plans plus tard, on retrouve Mariam en larmes, hagarde dans la rue, les vêtements déchirés, sans chaussures ni sac. Elle vient d’être violée, elle est désemparée. Ce brusque changement d’ambiance créé immédiatement un trouble destiné à faire partager au spectateur le sort de cette jeune femme qui non seulement doit surmonter le traumatisme de son agression mais aussi se justifier auprès de policiers peu enclins à l’écouter quand ils ne sont pas carrément menaçants. Elle a la chance de retrouver Youssef, un garçon qu’elle a croisé à la fête et qui se propose de l’aider à faire valoir ses droits. D’hôpitaux en commissariats, de mépris en intimidations, on suit sans en perdre une miette le parcours de cette jeune femme naïve qui découvre l’envers d’une réalité qu’elle imaginait toute autre et de ce jeune journaliste militant bien décidé à se battre face à un ordre social qui dénie totalement le respect des droits élémentaires des citoyens. C’est d’ailleurs cette « audace » qui poussera les policiers à user d’un méchant subterfuge pour les séparer. L’espoir du soutien de quelques bonnes volontés, elles-même révoltées par tant de violence, ne fait pas long feu. Ni le vieux policier compréhensif et paternel qui tente de se démarquer au milieu de ses collègues arrogants et brutaux, ni l’infirmière au regard compatissant, ni la femme-flic prête à écouter les doléances de cette soeur de combat n’ont assez de pouvoir pour épauler celle qui de victime de viol se transforme peu à peu en citoyenne agissante. Mariam « la belle » se retrouve isolée face à « la meute » et elle est contrainte de s’en sortir seule. Confrontée à des circonstances inhumaines, elle se révèle à elle-même et fait dès lors basculer une impunité que tout le monde connaît et accepte.
    Le récit découpé en neuf épisodes comme autant de fragments du réel, filmés en plan-séquence, nous plonge sans garde-fou dans une réalité effrayante et démonte avec force les rouages d’un système perverti où les lois censées protéger les citoyens sont détournées en toute immoralité.
    S’il reste cruel et âpre, ce film n’en demeure pas moins un bel espoir pour la jeune république tunisienne, car il est bien évident qu’il n’aurait pu exister avant 2011. Bien qu’il ne fasse pas un portrait tendre des garants de l’ordre dans le pays, il a été soutenu par les autorités culturelles, symbole d’un réel changement de mentalité dans un pays encore en proie à un régime autoritaire il y a peu. Avoir-alire

    Sortie nationale

    «Thriller féministe étonnant, La Belle et la meute est, avant tout, la chronique haletante de la naissance d’une conscience politique.»Télérama

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