Programmation du 24 mai au 13 juin



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    du 17 mai 29 mai

    album de famille / albüm

    de Mehmet Can Mertoglu

    avec Sebnem Bozoklu, Murat Kiliç, Mufit Kayacan

    Comédie dramatique - Turquie/France/Roumanie – 2016 – VOST – 1h43

    En Turquie, un couple marié, approchant la quarantaine, tente à tout prix de garder secrète l’adoption d’un bébé en constituant un album de photo fictif... 

    Un premier long métrage qui pose un regard distancé sur la classe moyenne turque. Un couple tente de cacher l’adoption de son enfant et recompose les images.
    Peut-on réécrire l’histoire en en falsifiant les cadres ? Un couple va tenter le coup dans la Turquie d’aujourd’hui où l’infertilité est considérée comme une tare. Avant de les rencontrer, nous avions assisté à la saillie très clinique d’un taureau, observé le résultat biologique sous la lentille d’un microscope, visité un aquarium dans lequel une murène se glissait comme une soie imprimée à travers des anneaux disposés dans son aquarium. De l’autre côté de la vitre, languissent quelques spécimens humains. Mehmet Can Mertoglu aura installé ses longs plans fixes, ses panneaux de verre trompeurs. De l’eau à la plage, il n’y a qu’un pas. C’est là que nous rencontrons Bahar et son époux Cuneyt. Ils se font photographier par des amis comme si ces portraits en pied représentaient le seul objectif d’une échappée plutôt coincée. Bahar porte un ventre arrondi de femme enceinte. Faux, le ventre. Fausse, la grossesse. Un processus d’adoption est en cours, à dissimuler absolument. Ils sont tous deux fonctionnaires. Lui enseigne l’histoire au lycée. Elle est employée de l’administration fiscale. Nous allons à leur suite maussade nous égarer vers différents bureaux de différentes institutions comme autant de culs-de-sac. Dans des décors toujours succincts, les personnages proféreront des propos volontiers atterrants, teintés d’absurdité et d’un léger égarement.
    Bahar, Cuneyt et leurs éventuels interlocuteurs sont traités à distance ironique, voire pire. Ils refusent une première petite fille au prétexte « qu’elle a l’air syrienne ou kurde ». Au second voyage en direction d’un autre orphelinat, Bahar pense qu’avoir rêvé de betteraves est de bon augure. Son mari ne la dément pas. Proviseur du lycée où exerce Cuneyt, directeurs de maison d’enfants abandonnés, commandant de police, les échanges avec ces figures responsables croisent l’ordinaire de l’indifférence tatillonne.
    Au long de ce film en pointillé, le réalisateur sème toutes sortes d’indices. L’emballement des prix de l’immobilier, l’engouement pour des écoles privées baptisées « leader » ou « succès », les plateaux de télévision où il est impossible d’évoquer le « problème kurde » sans recourir à la publicité pour pacifier le studio. Ne pas oublier la justice forcément « laxiste » et les enfants qui ne se donnent plus de mal, écho grinçant d’une citation d’Ataturk lue sur une fresque à la gloire de l’éducation : « Ma seule espérance est dans la jeunesse. » Les enfants sont bien seuls. Une obsession a envahi l’espace : le foot, le foot, le foot. Prétexte ici à tous les vocables racistes ou homophobes jetés comme de rien. Les parties ne disent pas le tout, mais Mehmet Can Mertoglu se place sous les auspices, revendiqués, de Pierre Etaix et Jacques Tati. Il a choisi pour chef opérateur Marius Panduru, qui a travaillé avec le Roumain Corneliu Porumboiu sur Policier adjectif et 12 h 08 à l’est de Bucarest. D’instantané en instantané, l’album se crée, les véritables péripéties absentes de ses feuilles. Comme partout. Au générique de fin, une belle pièce musicale de Gounod, le Veau d’or. L'Humanité
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