Programmation du 24 mai au 13 juin



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    Du 10 mai au 30 mai

    i am not your negro

    de Raoul Peck
    Documentaire - France/Etats-Unis/Suisse/Belgique - 2016 - VOST - 1h34

    En juin 1979, l'auteur noir américain James Baldwin écrit à son agent littéraire pour lui raconter le livre qu'il prépare : le récit des vies et des assassinats de ses amis Martin Luther King Jr, Medgar Evers, membre de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP) et Malcolm X. En l'espace de cinq années, leur mort a traumatisé une génération. En 1987, l'écrivain disparaît avant d'avoir achevé son projet. Il laisse un manuscrit de trente pages, «Remember this House», que son exécuteur testamentaire confie plus tard à Raoul Peck («L'Ecole du pouvoir», «Lumumba»). Avec pour seule voix off la prose de Baldwin, le cinéaste revisite les années sanglantes de lutte pour les droits civiques, les trois assassinats précités, et se penche sur la recrudescence actuelle de la violence envers les Noirs américains...

    C'est un film empreint de colère mais aussi nimbé de sagesse, à la croisée de l'intime et de l'universel. La méditation d'un homme noir sur sa condition, qui, à force de lucidité, rejoint la cause de tous les opprimés. Raoul Peck, réalisateur haïtien au parcours rigoureux (Lumumba, Quelques jours en avril), l'a construit exclusivement à partir des mots de James Baldwin, écrivain noir et penseur majeur de la question raciale aux Etats-Unis. Il s'appuie d'abord sur un manuscrit de 1979 (« Remember this house »), projet de livre qui ne verra jamais le jour tissé autour de trois leaders de la lutte pour les droits civiques, Martin Luther King, Malcolm X, Medgar Evers, tous assassinés avant 40 ans. A partir de ce socle traumatique, il remonte aux sources de l'exclusion et de la violence, indissociables de l'identité américaine.
    Parce que « les Blancs doivent chercher à comprendre pourquoi la figure du nègre leur était nécessaire », Baldwin déconstruit l'image du Noir dans le cinéma hollywoodien, brillante et glaçante analyse d'extraits de films qui nous renvoie, a posteriori, à notre rang de spectateur complice. Percutantes, ses interventions à la télévision exhortent — hier comme aujourd'hui — l'Amérique blanche à un douloureux examen de conscience. Votre rêve est un leurre ; votre histoire, une fiction ; votre mode de vie, le témoignage d'une « pauvreté émotionnelle abyssale », assène l'écrivain au fil d'un vertigineux entrelacement d'archives où dialoguent les luttes du passé contre la ségrégation et les flambées actuelles de violences raciales.
    Lumière crue jetée sur la nation américaine, jusque dans ses structures politiques et mentales les plus profondes, ce vibrant film hommage dénonce, secoue, autant qu'il montre la voie d'une possible fraternité. — Télérama

    Un président afro-américain aux USA pour rien ? Raoul Peck convoque l’âme littéraire de James Baldwin pour connecter les luttes des droits civiques passées à la situation actuelle aux USA. Des correspondances essentielles et passionnantes qui font de ce documentaire un modèle du genre.
    Prix du Meilleur documentaire à Philadelphie, Prix du Public à Toronto et à Berlin (sans oublier la Mention spéciale du jury œcuménique), digne nominé à l’Oscar du Meilleur Documentaire en 2017, I am not your Negro n’est pas un documentaire lambda venant tenter sa chance en salle. Cette production franco-américaine est d’ores et déjà l’un des 35 plus gros succès de l’histoire du documentaire aux USA avec un score solide de 6.9M$.
    Au-delà de la valeur politique, historique et sociologique du film, il faut d’ores et déjà saluer ses qualités cinématographiques qui légitiment sa présence sur grand écran. On pourrait évoquer son montage pointilleux, ample, entre archives passées rares et documents vidéos et photographiques contemporains, son jeu constant sur les couleurs -des clichés d’hier auxquels on a rétabli la couleur et ceux du présent flanqués d’un magnifique noir et blanc-, pour assumer les correspondances incessantes entre les époques qui forgent l’essentiel d’un message sur la nécessité de combattre préjugés et inégalités dans un pays qui ne s’est pas défaussé de son passé.
    L’approche de Peck est d’autant plus artistique, que pour donner du poids à l’accablant message, il recourt à une narration audacieuse qui brouille les pistes. Il s’agit de laisser parler les textes limpides de l’écrivain afro-américain James Baldwin. Des essais, pensées, échantillons miraculeux de ses œuvres, lus par Samuel L. Jackson en VO et JoeyStarr en VF.
    L’écrivain qui avait fui l’Amérique dont il désapprouvait le traitement des noirs (sa remarque sur l’hypocrisie du bonheur blanc, complètement artificiel affiché par Hollywood est tellement criant de vérité) pour s’installer en France, reprend vie, à la première personne, affirmant ainsi la pertinence de ses écrits d’hier sur l’actualité brûlante des USA. Ses évocations de la ghettoïsation persistante, de la manipulation des médias défavorable à la communauté noire, de la labellisation ethnique pour les masses, et surtout de la lutte pour le pouvoir auquel les Blancs ne souhaitent pas renoncer, dans le refus d’un partage, et qui opèrent donc symboliquement un travail d’autorité et de répression, toutes ses évocations ne pourraient-elles pas être le portrait franc et catégorique de l’Amérique d’aujourd’hui, frappée régulièrement par -entre autres- de nombreuses bavures policières qui alimentent les faits divers ?
    Peck illustre ainsi le tiraillement d’une jeunesse aliénée, née en Amérique, mais réduite à une citoyenneté de deuxième catégorie, dont on verse le sang, sur le sol d’une nation bâtie sur un mythe commun, celui de l’héroïsme blanc, de l’apaisement mirage par la consommation, et le refus de remettre en question en profondeur, à l’échelle fédérale, cette illusion historique d’une nation d’immigrés unie, cimentée par des valeurs de liberté et de profusion, forgée dans la douleur (génocide indien, souvent mentionné ici, de façon toujours subtile, et évidemment l’assujettissement du peuple noir). Les mots de Baldwin sur l’enfant noir qui, un jour, dans le miroir, découvre sa différence d’épiderme, justifient à eux seuls le sens de la lutte, dans la perpétuation insupportable des discriminations.
    La réflexion de Baldwin, dont les mots sont pesés, opulents, d’une portée énorme, et celle de Raoul Peck, se mêlent, de par le montage, le choix des textes et des témoignages audiovisuels. Peck investit sa propre histoire et celle d’Haïti, dont il est originaire, à l’instar de Baldwin. Il enrichit le film d’une interrogation sur son apport personnel dans un combat sans fin. La révolte contre un système vertical, oui, mais sous quelle forme ?
    Cette pensée commune s’intègre dans l’assimilation des combats héroïques des personnalités d’hier qui y ont laissé leur vie. Medgar Evers, Malcolm X et Martin Luther King Jr, trois hommes différents mais aux destinées tragiques identiques, illustrent dans le film la diversité des luttes. Peck leur accorde un poids fondamental, de par la proximité de Baldwin avec ses trois compagnons.
    Malgré des dissensions sur la forme que pouvait avoir le romancier, notamment avec Malcom X, dont il refusait toutefois l’image facile imposée par les médias blancs, à savoir celle d’un combattant uniquement raciste et violent, ce qui est réducteur, l’héritage assimilé par Baldwin, de par son parcours de vie et ses rencontres avec les grands leaders des droits civiques, dépasse le seul critère de la couleur pour se fonder sur une sociologie et une perception complexes de l’Histoire du pays.
    Malgré son envie ici et là de rage envers certains Blancs américains, l’auteur d’Another Country réfutait la haine, la violence, mais était toujours prompt au combat, dans ses ouvrages ou sur les plateaux de télévision. Sa pensée, telle qu’elle est déclinée dans I am not your Negro, est lumineuse dans une Amérique tentée par le repli sur soi et l’obscurantisme d’une consommation qui rime avec végétation intellectuelle.
    Après la fin de la post-production, la nation américaine est tombée ironiquement dans les mains d’un populiste, à l’équipe de campagne invariablement blanche. L’un de ses ministres, Ben Carson, ironiquement de couleur noire, a décrit les ancêtres du peuple noir comme des "immigrés", provoquant un tollé compréhensible.
    Le contexte politique américain, mais également mondial (il est également question dans le film de la France et de son passé colonial que certains aimeraient voir comme un fait de l’ordre de l’Histoire, de la tradition et du culturel !), rend le documentaire d’autant plus indispensable.
    Une très grande oeuvre, tout simplement. Avoir-alire.com

     

    Sortie nationale

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