Programmation du 17 janvier au 13 février

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    Du 15 janvier au 23 janvier

    belinda

    De Marie Dumora

    Documentaire – France - 2017 – 1h47

    Belinda a 9 ans. Elle aime la neige, la glace pour glisser, plus encore sa sœur avec qui elle vit en foyer. On les sépare. Belinda a 15 ans. Pas du genre à vouloir travailler dans un magasin de chaussures, en mécanique à la rigueur. Belinda a 23 ans, elle aime de toutes ses forces Thierry, ses yeux bleus, son accent des Vosges. Elle veut se marier pour n’en être jamais séparée. Coûte que coûte.

    Réalisatrice de courts et de longs métrages, Marie Dumora rencontre Bélinda et sa soeur Sabrina en 2001 lors du tournage de «Avec ou sans toi», où elle suit des enfants dans un foyer alsacien, «La nichée». Elle y rencontre les deux soeurs, issues d’une famille yéniche. En 2010, elle réalise «Je voudrais aimer personne» sur Sabrina. «Bélinda» est consacré à la grande soeur, devenue adulte.

    Marqué du seau qualitatif de l’ACID à Cannes, le film de Marie Dumora est un bijou.
    Documentariste qui aime travailler ses sujets sur le long terme, Maria Dumora suit, depuis une décennie et demi, une jeune fille, du nom de Belinda, devenue aujourd’hui jeune femme. L’accompagnent sa sœur, ses parents, malgré les placements en famille d’accueil, son amoureux qui ne sait pas lire... Un microcosme yéniche (des tziganes au patois dérivé de l’allemand), digne d’un roman naturaliste, dans une France de la marge, de la paupérisation, dans l’Est de l’Hexagone, pour lesquels il est souvent également question de prison - elle est évoquée pour le père, le futur mari et Belinda elle-même -, faute de pouvoir s’insérer dans la société.
    Avec un regard naturaliste évident, la réalisatrice trahit surtout son attachement pour la jeune femme, sa gouaille prolétaire, son authenticité qui transpire la générosité à chacune de ses apparitions, dans des ténues de Cosette des temps modernes.
    Au fil des âges, alors que les ellipses temporelles sont grandes, Belinda traverse des situations que d’aucuns pourraient qualifier de tragiques, mais la réalisatrice complice, accorde à l’ensemble une bonne humeur qui rythme les séquences pourtant gorgées d’émotion. Dans ce cinéma vérité, le refus du misérabilisme fait honneur aux codes du documentaire, mais surtout aux sujets du film. Belinda, elle-même, est érigée, en un formidable parangon d’humanité, dans sa dévotion à la famille, qu’elle fait passer avant tout, à son homme, lors de scènes vérité qui ringardisent toutes les romances fabriquées que l’on a pour habitude de voir au cinéma.
    Du comique dans le drame réel d’existences abîmées il n’en manque pas. L’on apprend ainsi que le mariage de "l’héroïne" est différé. Pour des raisons d’argent, elle se faisait passer pour la police et arnaquait les badauds, avant de se retrouver gentiment coffrée par la police, qui a eu vite fait de repérer son manège (sa voiture n’avait pas de gyrophare, entend-on, comme si cela était la raison de son insuccès dans le crime). Voilà notre protagoniste en prison pour quelques mois, énième rebondissement d’une chienne de vie, indéniablement, mais ici narrée avec une telle truculence que cela n’entache jamais le portrait de la jeune femme, héroïne géniale d’un cinéma que l’on n’ose plus. Avoir-alire

    Dans ce documentaire, Marie Dumora épouse, sans filtre, la trajectoire d’une jeune femme à trois âges de sa vie déracinée.
    A l’arrière d’une voiture sillonnant les routes alsaciennes en 2001, deux petites filles agitent chacune un mouchoir d’un vert opalin. Belinda et Sabrina sont deux sœurs - l’une a 9 ans, l’autre 10 - séparées de leurs parents qui ne peuvent les élever, arrachées aussi au foyer où elles vivaient jusque-là ensemble. Comme son titre l’indique, Belinda, documentaire réalisé par Marie Dumora, suivra la plus jeune des deux filles, allant et venant pour la cueillir à trois âges de sa vie.
    La cinéaste française trace spontanément son chemin depuis vingt ans en documentant le quotidien d’une poignée d’habitants de l’Est de la France, issus de communautés souvent oubliées ailleurs, ou alors montrées seulement sous un jour stigmatisant (Strip-Tease, etc.). Son premier long métrage, Tu n’es pas un ange, en 2000, se penchait sur le cas d’adultes qui, abandonnés à la naissance, cherchaient à retrouver leurs origines. Elle y croisa le chemin de Belinda et de sa sœur, qu’elle suivit déjà dans Avec ou sans toi en 2002. Sa fidélité à ses personnages la conduit à rester comme aimantée à une figure d’un film précédent pour mieux la laisser lui tracer la voie du suivant, de l’exploration d’un territoire manouche (la Place, 2011) ou à celle de ses dynasties musiciennes (Forbach Forever, 2014).
    Veilleur. Quand Belinda a 15 ans, elle explique au téléphone à M. Gersheimer - cet homme qui a veillé à son suivi en foyer (et en dehors) - qu’elle veut faire de la mécanique, pas vendre des chaussures. «Sinon, monsieur, vous, ça va ?» enchaîne-t-elle, et Dumora de ne pas couper ce moment de réciprocité des affects. M. Gersheimer ne se voit pas, il s’entend. Voix vive hors-champ ou téléphonique, il est le veilleur présent qui n’a pas besoin d’être montré ostensiblement. «Vous êtes comme un père pour moi.» Belinda donne la note, cela suffit amplement.
    Marie Dumora forge humblement son cinéma tel un circuit libre, ouvert sur l’instinctif : sans forceps, larmes, bons sentiments ou pitié mal placée, sans filtre non plus qui viendrait polir les paroles et accents du coin. Mais cette modestie n’induit aucune mollesse. Rencontrée lors du dernier Festival de Cannes, elle évoquait à Libération sa caméra lourde, à l’épaule, ajoutant : «Je ne change jamais de focale, je m’approche physiquement des gens.» Le récit s’écrit chronologiquement, à une très douce exception finale près, et à la pointe d’un scalpel affûté, jonglant entre longs plans-séquences et ellipses radicales.
    Belinda grandit, retrouve le géniteur qui l’avait abandonnée, loge avec lui. Elle aime Thierry, qu’elle veut épouser. Portés par les lumières de fête foraine, les deux amoureux se promettent de quitter au bout d’un, puis deux jeux, ce lieu où ils pouvaient oublier un instant leurs soucis. Les «puis» se multiplient. On les retrouve statiques près d’une grille à l’extérieur, ruinés et conscients de l’excès, dans cet interstice où il n’est pas encore temps de rentrer chez soi. Trop tôt, trop dur.
    Dumora capte patiemment, confidente silencieuse, cet instant qui paraît comme une chute de la séquence à laquelle on vient d’assister, un excédent ramassant plus intensément la vérité de ce qui précède. Puis un autre contretemps retardera leur mariage - ils vont en prison. A Gersheimer, elle avouera à demi-mot : «J’ai fait des conneries.» Mais l’homme, à l’image de la cinéaste, ne court pas, bélier au poing, vers les zones d’ombres et les raisons. Il attend que l’explication remonte d’elle-même à la surface, comme l’empathie du film se déploie d’elle-même, sans effraction.
    Cuillères. A quelques minutes de la fin, les origines yéniches de Belinda se trouvent effleurées au détour d’une photo noir et blanc accrochée au mur. Une communauté composite, objet, pendant la guerre, de persécutions et de déportations dans les camps, dont l’héritage rattrape le père de Belinda, qui jouera alors un air traditionnel avec deux cuillères contre la table de la cuisine. La scène est très belle, en ce qu’elle recueille, d’un personnage dont on n’attendait pas pareille saillie, une révélation tonitruante sur la famille et son passé sous la forme d’un pur réflexe atavique, contemplé dans son semblant de banalité sans rien essentialiser de ce qui s’y dit. Car même là, on ne s’attarde pas, on entend une espèce de «tout ça part de là», entraîné par Belinda qui se recoiffe et se concentre sur ce qui ira. Libération

    Sortie nationale

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