Festival Les petites bobines, festival de films européens jeune public, du 24 février au 11 mars 2018

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    Les petites bobines : De l'écrit à l'écran

    psiconautas

    de Pablo Rivero et Alberto Vazquez
    Animation - Espagne - 2016 - VF et VOST - 1h15

    Sur une île ravagée par un désastre écologique, deux adolescents ont décidé de fuir leur entourage et leur quotidien : l’étrange Birdboy en se coupant du monde et en affrontant ses démons intérieurs, la téméraire Dinky en préparant un voyage dangereux, avec l’espoir secret que Birdboy l’accompagne.

    ulysse.pngBirdboy est un petit oiseau blafard en costume-cravate, avec un bec minuscule et une énorme tête. Une sorte de Titi mutant : il a deux grands trous noirs à la place des yeux. Dans ce cauchemar hypnotique, tous les personnages ressemblent à des transfuges d'un autre genre d'animation, naïve, ronde et mignonne. Chiens, rats, petits cochons, lapins : Pedro Rivero et Alberto Vázquez, les deux coréalisateurs, ont exilé le bestiaire des contes pour enfants dans un monde d'une cruauté très adulte, un peu comme lorsque, dans la bande dessinée Maus, Art Spiegelman donnait aux déportés une apparence de souris. Bienvenue sur une île ravagée par une catastrophe écologique, huis clos angoissant entre décharge à ciel ouvert et forêts d'arbres morts, qui se tordent en vain vers un ciel d'enfer toxique. Déconseillé au jeune public, ce film d'une beauté vénéneuse, baroque, broie du noir pour en faire de l'or pur : il surprend constamment, tant sur le plan graphique que dans la richesse et la diversité des thèmes qu'il brasse.
    Adapté d'une bande dessinée de jeunesse créée par Alberto Vázquez lui-même, Psiconautas est d'abord une rêverie passionnante sur le mal-être des adolescents, en butte à la violence de la société qui les attend. Birdboy, figure de superhéros fragile et torturé, orphelin traqué par la police, est hanté par un spectaculaire démon (le deuil, la rage) que seule la drogue peut faire taire. Dinky, la petite souris qui l'aime, grandit dans un foyer d'abrutis agressifs et conformistes, et décide de fuguer, avec quelques compagnons d'infortune. Et puis il y a les gamins perdus de la décharge qui rappellent plus Los Olvidados, de Buñuel, que l'univers habituel de l'animation... Tout un peuple de prédateurs et de victimes, d'objets bavards et de paumés poignants, ambigus, composent une fascinante polyphonie, où se mêlent la monstruosité du réel et celle du surnaturel.
    Ce récit-puzzle représente, aussi, le panorama de nos hantises contemporaines : la pollution, l'incurie, la misère, le fascisme et le rejet de l'autre — faites votre choix ! — dans une fable qui ne laisse que très peu de place à l'espoir. Mais quand celui-ci paraît, bien caché au fond d'une futaie d'un noir d'encre, il est si miraculeux, si verdoyant et lumineux, en contraste avec la splendeur malsaine des couleurs de l'île, qu'il semble appartenir à un autre film : un rêve de nature animiste à la Miyazaki, incrusté dans un univers piège que ne renieraient pas Tim Burton ou Roland Topor. Territoire fantastique, où le merveilleux se cueille au coeur même de la désolation, ce petit chef-d'oeuvre nous transforme tous en « psychonautes », voyageurs de l'âme. — Télérama

    Une superbe fable dystopique, qui alterne scènes oniriques en apesanteur et visions cauchemardesques.
    Pour donner un écrin à ce superbe film d’animation, on ne pouvait envisager d’autre décor qu’une île sur laquelle les personnages se retrouvent prisonniers, après une catastrophe industrielle. Dans cette ambiance post-apocalyptique, la société se reconstruit aux dimensions d’un monde primitif où la loi du plus fort règne partout. Ainsi, une décharge où le cuivre est convoité comme monnaie d’échange, devient un lieu d’affrontements particulièrement sanglants. Ces immondices sont administrées par des personnages en perdition, orphelins, à moitié édentés, qui psalmodient d’une même voix que leur avenir est dans les ordures. De féroce milices patrouillent, afin d’instaurer un semblant d’ordre. Les contrevenants sont sévèrement réprimés. Ce sont ces milices qui ont assassiné le père de Birdboy, créature taciturne à tête de mort, nanti d’un minuscule bec, à peine une excroissance. Le voici chassé et errant, hanté par son passé et par l’idée de reconstituer une nature luxuriante à laquelle il accède via une grotte. Dans ses rêves se profile la courageuse Dinky, qui a fui une famille oppressive et, accompagnée de deux amis, cherche par tous les moyens à quitter cette île infernale. Mais la menace est partout et s’incarne sous la forme de créatures cauchemardesques : araignées géantes, oiseaux aux ailes disproportionnées, insectes volants, dont la présence est accentuée par de saisissants contrastes de couleurs, où le rouge et le noir dominent, dessinant les contours d’un monde crépusculaire.
    Si les personnages ne parviennent cependant pas à quitter l’île, la mort de l’un d’eux, conçue comme un sacrifice, laisse entrevoir un avenir plus heureux, une sorte de renaissance après l’horreur.
    Ce film d’animation, totalement déconseillé aux enfants, est une indéniable réussite formelle, lestée d’une angoisse évidente sur le devenir de nos sociétés industrielles.  Avoir-alire
    Conseillé à partir de 15 ans

    Au Cinéma Bel Air de Mulhouse :
    dim 25/02 à 18h
    + rencontre avec Boris Henry, intervenant cinéma, sur l’adaptation de la bande-dessinée en film d’animation
    ⇒ afficher tous les films

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